Acheter des habits déjà portés par d'autres ? Le tabou est tombé : en 2019, plus d'un tiers des Français ont sauté le pas, aidés par les nombreux sites internet qui proposent ce service. À tel point que désormais, même les grandes marques se lancent dans la seconde main.

Salon de la mode vintage à Lyon, 2013 (image d'illustration)
Salon de la mode vintage à Lyon, 2013 (image d'illustration) © Maxppp / Maxime Jegat

En 2019, rien de neuf ! Amandine, une jeune maman, a embarqué ses trois enfants dans ce défi depuis le mois de janvier. Dans les placards de son appartement parisien ? "Déjà, j'ai un short que je porte en seconde main... Là, un jean... Une super veste payée 13 euros..." L'objectif est double : "Même si je sais que je ne vais pas sauver la planète avec mes petits bras, l'idée, c'est de m'inscrire dans une démarche être plus écologique et plus économique aussi." Son petit garçon, Simon, adhère totalement. "Moi, ça m'est égal de porter un pantalon neuf ou pas.

Après les brocantes, de nouvelles formes d'achats d'occasion

Pour partir à la chasse aux affaires, il y avait déjà les vide-greniers, il y a désormais les boutiques locales, "et sinon, je vais sur internet", explique Amandine. Entre Le Bon Coin, Vinted ou encore Vide Dressing, les sites internet proposant des ventes de vêtements entre particuliers sont légion. Même si Amandine s'autorise deux exceptions : "Ma limite, ce sont les sous-vêtements... Et les chaussures pour enfants, qui s'usent trop vite. Je préfère les prendre neuves.

Pour elle, côté chaussures, Amandine n'hésite pas à se tourner vers de l'occasion. C'est justement ce que va proposer bientôt la marque Bocage, qui lance un système de location de chaussures, vendues ensuite en seconde main après avoir été reconditionnées. 

Des produits reconditionnés désormais vendus dans les boutiques des grandes marques

C'est près d'Angers, à Montjean-sur-Loire, que se trouve la manufacture qui fabrique les chaussures pour Bocage. Gauthier Bédec, responsable recherche et développement, nous emmène pour une visite guidée, une chaussure à la main. "Cette bottine a été portée deux mois. On voit quelques traces au niveau de la semelle, à l'intérieur... L'un des premiers travaux à faire, c'est l'hygiène, la débactérisation, jusqu'au bout du pied et dans la doublure. Une fois que l'on a fait cela, on redonne la bonne forme au produit et on le reconditionne en lui donnant un aspect correct au niveau de la semelle." Prochaine étape pour cette paire de bottines : le magasin de la rue de Rivoli à Paris, où elle sera vendue à moitié prix, à côté des paires neuves. 

Cela fait environ cinq ans que les consommatrices changent de comportement

Comme d'autres grandes marques, Bocage tente de récupérer ce marché de la seconde main, dans lequel de nombreux "pure-players", des commerces uniquement en ligne, sont déjà bien installés. Clémence Cornet, directrice marketing de Bocage : "On est tout à fait conscient que la consommatrice est en train de changer de comportement. Cela fait environ cinq ans qu'on l'a identifié, et c'est pour cela qu'on propose ces nouveaux services." Bocage prévoit aussi l'ouverture d'un site internet, comme l'ont déjà fait les marques Cyrillus, Camaïeu ou IdKids (qui regroupe huit marques pour enfants, dont Okaïdi et Jacadi Paris). 

De nouvelles habitudes qui bouleversent les entreprises

Installé à Roubaix, IdKids propose depuis onze ans déjà des ventes d'occasions dans ses magasins. Mais en ce qui concerne la vente sur internet, c'est une autre paire de manches, concède son directeur général, Gauthier Watrelos : "En vendant des produits de seconde main dans nos magasins, on assure un contrôle qualité, on a des échanges avec nos clients. Et d'un point de vue transport, on n'a pas tous les inconvénients de l'achat sur internet qui peut générer énormément de retours, en particulier en seconde main. Or, les retours, c'est un non-sens écologique. Mais nous sommes en test, nous essayons de voir comment faire. Aujourd'hui, nous n'avons pas encore trouvé."

Le modèle économique n'est pas encore clair pour tout le monde

Les grandes marques tâtonnent encore, mais ne peuvent plus se permettre de regarder ce marché leur échapper. Thomas Delattre est chercheur à l'Institut français de la mode : "Beaucoup de marques du neuf, en entrée de gamme et en moyenne gamme, se lancent sur le marché. On voit naître des plateformes. Je pense que le modèle économique n'est pas encore clair pour tout le monde." Mais le commerce n'attend pas : "Certains ont commencé à se mettre sur le créneau, les autres se disent qu'ils sont obligés d'y aller aussi, à la fois pour des raisons concurrentielles, et pour répondre au consommateur." Un consommateur qui cherche autant l'économie que l'acte écologique. Juste après le pétrole, l'industrie textile est la plus polluante pour la planète.

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