Il y a 10 ans, le 29 septembre 95, Khaled Kelkal était abattu par les gendarmes du GIGN, à Vaugneray, dans l'ouest de Lyon, après plusieurs jours de traque. Kelkal c’était l'un des principaux suspects de la vague d'attentats de 95, déjà en lien avec le réseau dit "de Chasse sur Rhône", démantelé quelques jours après. Dix ans plus tard, Safé Bourrada vient d'être interpellé dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Chef d'une cellule islamiste, soupçonnée de préparer des attentats sur le sol français, il aurait été le recruteur de Kelkal. Quelle ampleur a pris, en 10 ans, l'intégrisme islamique en banlieue lyonnaise ? Le mouvement intégriste a, dès l'origine, prospéré sur la désillusion des jeunes issus des communautés maghrébines, en banlieue. La marche des beurs, est un exemple, dans les années 80, des revendications et des attentes déçues récupérées par les intégristes. Aujourd'hui, rien n'a fondamentalement changé, mais les tensions se sont exacerbées, avec en toiles de fond, les conflits israélo-palestinien, irakien ou afghan, qui alimentent aussi le sentiment d'injustice et la haine ressentie par ces jeunes. Boualem, l'un des responsables de "Diverscité", une association très "active" autour d'eux, analyse leur état d'esprit. Alors comment cela s'est-il répandu au fil des années ? Tout naturellement par un maillage d'associations de plus en plus nombreuses, associations "islamiques" qui ont savamment orchestré l'isolement de la communauté dans les banlieues. Sous couvert d'aide aux plus démunis, ou d'aide juridique, ou d'aide aux devoirs, aujourd'hui, par le biais aussi d'écoles coraniques plus ou moins officieuses, elles ont tranquillement tissé leur toile, parfois même encouragées par les municipalités. Certaines ont cru bien faire en achetant la paix sociale dans leur quartier, sans prendre la mesure du danger que cela représentait. Tous les musulmans ne sont évidemment pas gagnés par les idées intégristes. Et tous les observateurs s'accordent sur le fait que c'est une très petite minorité qui agite ces idées. Mais elles gagnent du terrain. Il suffit de voir le nombre de femmes musulmanes de tous âges, qui sont désormais voilées, celles qui, aujourd'hui, sortent même complètement dissimulées par la tenue islamique noire, gantées et accompagnées. Et ceux qui font répandre ces idées, qu'ils soient salafistes, ou proches des frères musulmans, comme Tarik Ramadan, ou du "Tabligh", un groupuscule réputé particulièrement actif autour de Lyon, ont "pignon sur rue",désormais. Ils sont acceptés comme interlocuteurs, et même aujourd'hui, présents dans certaines municipalités autour de Lyon. Il n'est donc pas forcément aisé de décrypter le double langage. Azzedine Gaci, qui appartient à l'UOIF, et qui est aujourd'hui le nouveau président du conseil régional du culte musulman, propose ni plus ni moins que d'adjoindre à notre code civil, un autre code, "coranique", celui-là, et destiné aux musulmans. La manoeuvre n'est pas nouvelle. Et c'est toute la tactique, comme pour le voile : faire reculer les lois de la république, et leur substituer les lois coraniques, partout où c'est possible et en prime, culpabiliser ceux qui tentent de s'y opposer, en leur disant qu'ils "stigmatisent" la communauté musulmane ! Mais heureusement, les majorités silencieuses, commencent à réagir. C'est ce que dit Michèle Viannès, présidente de l'association "Regards de femmes" et auteur de plusieurs ouvrages sur la question. Dernier élément, c'est le nerf de la guerre, l'argent. Il semble qu'il soit là, et en quantité. C'est très difficile de démêler tous les fils de cette nébuleuse, d'autant plus difficile qu'il faut dénoncer l'islamisme "intégriste" ou plutôt "politique", sans, justement, stigmatiser l'ensemble des musulmans, ni, a fortiori, des maghrébins, qui n'y sont pour rien, et qui en plus, souffrent en silence de voir cet intégrisme gagner du terrain. Un dossier de Nicole Guillard, correspondante de France Inter à Lyon.

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