Les actions radicales se multiplient du côté des salariés. Des dirigeants sont séquestrés. Des bureaux et des ordinateurs ont été saccagés à la sous-préfecture de Compiègne. Les syndicats sont-ils débordés ? En général, ce sont bien des représentants syndicaux qui sont à la manœuvre, qui font tampon et qui ont permis des "séquestrations" en douceur. Sauf par exemple chez Caterpillar en Isère. Le 31 mars, vers 20H, le secrétaire Force Ouvrière du Comité d'entreprise, Robert Gamez, tente de convaincre le noyau dur de relâcher les cadres. En vain. Gérard Fourgeault de France Bleu Isère a conservé ce document (extrait). La suite, c'est la négociation d'un accord un dimanche à Bercy, rejeté ensuite par une partie des salariés en assemblée générale. Continental dans l'Oise. La CFTC majoritaire avait accepté il y a deux ans de travailler 40H pour sauver les emplois. Accord bafoué par la multinationale. La CFTC paraît aujourd'hui marginalisée. La CGT est au premier plan. Xavier Mathieu est son représentant. Xavier Mathieu, lors de l'assemblée générale avant-hier, à la veille de la réunion qui se tenait hier à Bercy (interview). La crise pousse à une radicalisation syndicale ? Devant la colère et les débordements, les syndicats, pour reprendre la main, tentent souvent d'épouser le mouvement, pour lui donner ensuite une orientation plus traditionnelle. C'est ce qu'on appelle « coiffer le mouvement ». Par ailleurs, les actions violentes payent. Les directions cèdent. L'exemple se transmet d'entreprise en entreprise, même si les salariés mettent toujours en avant leur caractère spontané. Xavier Mathieu de la CGT de Continental, revient sur le saccage de la sous-préfecture de Compiègne, le 21 avril, après le refus de la justice de suspendre la fermeture (interview). Ces actions violentes suscitent l’emballement des médias. Elles ne sont pourtant pas nouvelles. Tout comme l'action directe, le sabotage, les occupations d'usines, elles appartiennent à la tradition syndicale française depuis ses origines. Les séquestrations de patrons, cela rappelle des souvenirs à Dominique Gillier, secrétaire général CFDT de la métallurgie. Des souvenirs de la sidérurgie des années 70, même s'il n'y avait pas de caméras (interview). C'est le signe d'une autonomie plus grande des salariés et aussi d'un affaiblissement du syndicalisme, qui a vu ses effectifs divisés par 3 en 30 ans. Derrière ces actions, y a-t-il des influences politiques ? Là-aussi, les situations sont très diverses. Mais Chez Continental, en discutant avec des salariés, il semble que les centrales syndicales soient perçues comme lointaines, trop attachées à devenir respectables. Le mouvement s'est trouvé un conseiller, Roland Szpirco, militant de Lutte Ouvrière. C'est une figure locale. Ouvrier dans les années 90, il mène le combat lors de la fermeture de l'usine Chausson, un équimentier automobile. Il est exclu de la CFDT mais raconte qu'il n'y eut aucun licenciement sec. A Continental, s'est mis en place un comité de lutte explique Samir, salarié depuis 12 ans (interview). Bernard Vivier, le directeur de l'Institut supérieur du Travail, fait plutôt le parallèle avec le comité de salut public chargé de contrôler la Convention, les élus du peuple, pendant la révolution française (interview). Aujourd'hui, les centrales syndicales insistent sur le manque de dialogue social. A la CGT, on explique aussi qu'il n'est pas question de jouer les pompiers du social, rôle que voudrait justement assigner le gouvernement aux syndicats. C’était un reportage de Sara Ghibaudo.

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Les actions radicales et leur contexte historique

Dossier disponible sur le site de l'institut supérieur du travail

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