Alors que Marine Le Pen et Laurent Wauquiez continuent de s’opposer au niveau national, certains de leurs électeurs poussent au rapprochement et réclament une union des droites.

Laurent Wauquiez et Marine Le Pen (photomontage)
Laurent Wauquiez et Marine Le Pen (photomontage) © AFP / Eric FEFERBERG/Philippe Huguen

En Gironde, sur la côte de Blaye, trois élus venus de LR, du FN et de DLF (Debout la France) ont décidé de s’allier, à défaut de voir leurs formations politiques le faire. Après plusieurs rencontres, ils ont signé fin mars une charte commune "Pour la France - La France Unie", qui rassemble les principes de leur recomposition "d’une droite conservatrice assumée"

"Ce qui m’intéresse, ce sont les gens de mon village, de mon quartier, il y a une opportunité de réunir cette droite puisque les propos tenus par les principaux leaders convergent à 95% sur les grands thèmes de société, donc il est temps de s’unir s’il on veut espérer faire entendre une parole de droite crédible au niveau national", explique Jean-Jacques Edard, Maire de Cavignac, à l’origine de l’initiative. Il rappelle l’arithmétique des scrutins locaux : "Droite en tête aux premiers tours, mais battue aux seconds à cause de cette peur de franchir le Rubicon, de s’allier au FN." 

Dans ses mains, Jean-Jacques Edard tient un tract de son parti LR qui énumère des propositions sur l’immigration : ramener tous les bateaux de migrants interceptés en Méditerranée, interdire à vie tout régularisation d’un étranger entré illégalement, mettre en place des plafonds d’immigration, restreindre le droit du sol et le regroupement familial, reconduire à la frontière 300 000 clandestins, expulser tout étranger incitant à la haine de la France, restaurer la double peine, mettre fin à l’aide médicale d’État. 

Quand trois partis disent la même chose, il est temps de n'en former qu'un

"Si on demande à Marine Le Pen, je crois qu’elle ne sera pas très éloignée de ces dispositions. Dupont Aignan, je crois que c’est pareil. Quand trois partis disent la même chose, il est temps qu’ils se dissolvent pour n’en former qu’un", résume le maire dissident.

"Comment voulez-vous amener les électeurs à se mobiliser pour des gens plus intéressés par leurs problèmes personnels, leurs égaux ou leurs zone d’influence ?", interroge de son côté Martine Hostier, adjointe à la mairie de Cézac, signataire de la charte pour DLF, exaspérée par "le climat d’opposition systématique" entretenu entre LR et FN. 

"Combien de fois sur les marchés, quand on distribuait nos tracts, les électeurs nous disaient 'Alliez vous, y’en a marre de perdre !'", rappelle aussi Edwige Diaz, qui a signé pour le FN.

"On est ouvert au rassemblement, si on veut être cohérent, qu’on pense d’abord à l’intérêt supérieur de la nation, on doit faire cause commune avec ceux qui défendent les mêmes projets pour la France", ajoute la trentenaire, déjà conseillère régionale et secrétaire départementale du FN en Gironde.  

Quelles réactions des appareils ?

Au Front national, Marine Le Pen continue de défendre le "ni droite ni gauche" et juge l’union des droites désuète et trop restreinte. Isolée et affaiblie, elle a néanmoins besoin d’alliance. Ce n’est pas pour rien qu’elle veut renommer son parti "Rassemblement national" ou qu’elle vient de soutenir des candidats LR à des législatives partielles.

Chez Les Républicains en revanche, la ligne se veut claire : "pas d’alliance avec le FN". Mais pas de quoi impressionner le maire LR de Cavignac, Jean-Jacques Edard, qui n’a pas renouvelé son adhésion cette année et peut compter sur l’appui de la base. "Je n’ai rien contre Wauquiez, je n’ai rien contre LR, je reste un militant, mais on essaye là de se regrouper sur des thèmes de la droite traditionnelle comme la sécurité, l’immigration, l’Europe…", explique par exemple Jean Jacques Edard. "Aujourd’hui la droite est éclatée artificiellement", déplore ce nostalgique du RPR et d’"une vraie droite qui s’est perdue en s’alliant au centre". 

Quant à Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, il prévoit d’aller faire un tour en Gironde pour suivre l’initiative locale qui sert plutôt sa stratégie. Entre LR et FN, il se voit en homme providentiel hors parti, à même d’incarner l’unité que la base imposerait. 

Mercredi dernier, il était à Pont-à-Mousson, en Moselle, pour une réunion publique de sa plateforme "Les Amoureux de la France". Lancée à l’automne dernier, elle agrège petits partis ou personnalités alliés à LR ou au FN ces dernières année : le Parti chrétien démocrate de Jean-Frédéric Poisson, ancien candidat à la Primaire de la droite, le Centre national des indépendants, allié à l’UMP avant de soutenir Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle, qui accueille beaucoup de déçus du Front national, notamment dans le Grand Est où il dispose désormais d’un groupe au Conseil régional.

Il faut que chacun fasse un pas et s’il ne le font pas, la base se chargera de leur faire faire

"On a commencé avec des gens très convaincus de l’urgence de la situation, avec la volonté d’abandonner nos boutiques", insiste Nicolas Dupont-Aignan qui "tend la main à Laurent Wauquiez et Marine Le Pen à condition qu’ils changent". "Il faut que Monsieur Wauquiez accepte de parler avec Madame Le Pen, il faut que Madame Le Pen accepte de dire que Les Républicains ne sont pas d’horribles droitards, il faut que chacun fasse un pas et s’il ne le font pas, la base se chargera de leur faire faire", promet celui qui veut s’allier mais aussi rallier.

Pour les élections européennes, l’électron libre s’imagine à la tête d’une liste réunissant personnalités issues de LR, du FN et de la droite "hors les murs". Les jeux sont ouverts. Il y a quelques semaines, deux frontistes, dont un proche de Marion Maréchal Le Pen, ont lancé l’Appel d’Anger "pour l’unité de la droite". Avec eux, le couple Robert et Emmanuel Ménard, élus avec des voix de la droite et du FN, la Ligue du Sud de Jacques Bompard ou l’ancien ministre sarkozyste et membre de LR, Thierry Mariani. Lui propose cinq principes pour une base commune de toute la droite : la lutte contre l’immigration massive, le défi sécuritaire, la lutte contre l’islamisation de la France, une politique étrangère indépendante, une Justice plus stricte. 

"J’ai assez navigué dans les eaux de la droite pour savoir qu’il y a un électorat commun", assure le souverainiste Paul Marie Couteaux, qui a longtemps œuvré pour une jonction droite-extrême droite. Pour celui qui a démontré la porosité des discours lors de la présidentielle, en faisant prononcer à Marine Le Pen des extraits de discours écrit pour François Fillon, "cet électorat attend une incarnation forte, un homme ou une femme n’appartenant ni à LR, ni au FN, capable d’une simplification et d’un discours décomplexé sur quelques paradigmes forts, en commençant par celui des frontières, de l’immigration".

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