Pour faire un bon film, il faut trois choses disait Jean Gabin : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. C'est aussi valable pour les séries. Pourtant, selon une étude de la SACD et du CNC, la rémunération des scénaristes représente moins de 5 % du budget global d'une série. Paradoxal ?

Mathieu Kassovitz
Mathieu Kassovitz © Getty / Sylvain Lefevre

Ils sont sept scénaristes, en tout, à travailler dans ce petit appartement niché sous les toits de la capitale : "Voilà le petit bureau où s'assied généralement Fanny Herrero et maintenant Cathy Verney, la créatrice de Vernon Subutex. Mon modeste bureau..." Benjamin Dupas n'est pas le plus connu du grand public. 

Pourtant vous connaissez forcément les séries sur lesquelles il a travaillé : Dix pour cent, Kaboul Kitchen, Un Village Français, ou encore Vernon Subutex qu'il a entièrement co-écrite. Benjamin Dupas est l'un des scénaristes français les plus en vue. Et si aujourd'hui tout va très bien pour lui, "il y a une culture de payer en retard les scénaristes".

Un déséquilibre des salaires

"J'ai eu des périodes où pendant six mois je gagnais zéro euro. Cela arrive, parce qu'on est en jonction entre deux projets, parce qu'il y a une culture de payer en retard les scénaristes qui est assez impressionnante", explique-t-il. "Il faut régulièrement que je décroche moi-même mon téléphone pour être payé, ça c'est vrai. Mais je gagne beaucoup mieux ma vie que quand j'étais prof." 

Mais des scénaristes qui vivent confortablement de leur plume, il n'y en a pas tant que cela. D'autant qu'une série s'écrit rarement seul. Il faut donc partager l'enveloppe dévolue à l'écriture. Ces fameux 5 % maximum du budget global, comme l'ont pointé la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) et le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), payés en droits d'auteurs. Aux États-Unis, c'est plutôt autour de 10%. 

Un déséquilibre anormal, estime la présidente du CNC, Frédérique Bredin, qui a lancé fin mars un grand plan séries : "La place des auteurs dans le processus créatif n'est pas suffisante. L'idée, c'est qu'ils aient plus de moyens pour leur ambition créative. Par ailleurs qu'ils soient mieux reconnus et notamment qu'ils soient mieux rémunérés, dès le départ, quand ils travaillent, alors même qu'il n'est pas sûr que leur oeuvre soit diffusée. C'est vraiment la clé de la réussite pour avoir des séries qui ont cette marque de qualité à l'international."

Il manque un statut juridique

Il faudrait surtout que les scénaristes disposent d'un vrai statut juridique estime Deborah Hassoun, avec notamment un droit au chômage. Cette scénariste de 37 ans n'est pas la plus mal lotie. Mais pour gagner sa vie, elle est obligée de cumuler les projets. "En ce moment je travaille sur cinq séries en même temps", explique-t-elle. "Le problème du statut des auteurs c'est que pour gagner leur vie, ils sont obligés de cumuler les projets et donc ils ne peuvent pas être à fond sur chacun. Ce qui fait que lorsqu'ils avancent sur un projet, ils avancent lentement donc l'industrialisation n'est pas possible. Si on avait une sorte de fixe qui nous assure un salaire à la fin du mois, et que le reste soit en droit d'auteur, on pourrait rester plus longtemps sur les projets et finalement les projets avanceraient plus vite aussi".   

Pour Alex Berger, auteur d'un rapport pour le CNC, il manque des règles bien définies à la filière sur les salaires, les délais, comme c'est le cas aux États-Unis et comme il le fait avec Le Bureau des légendes dont il est l'heureux producteur, avec Éric Rochan. "Chez HBO, quand on envoie un scénario, si on l'envoie un jeudi, le lundi d'après on a des notes. Nous au Bureau des légendes, quand on commence le tournage d'une saison on est déjà en train de travailler sur la saison d'après, sinon on est battu. Il nous manque des règles qui réunissent à la fois les scénaristes et l'ensemble des acteurs du marché (distributeurs, diffuseurs) qui peuvent donner le cadre minimal de travail. Les plateformes arrivent et les Américains vont donc utiliser les talents français avec des règles qui ne sont pas forcément les nôtres. Il faut aller vite et faire comme les américains. Le soft-power du cinéma français a été formidable mais on va être marginalisé parce que le volume est dingue et il n'y a plus de protection." 

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