Le phénomène se développe en raison de la crise économique. Des marchés "sauvages" aux portes de Paris, où se vendent des objets en tout genre, souvent récupérés, des bric-à-bracs dérisoires tenus par ce que l'on appelle les biffins. Leur profil est très varié. Du retraité au RMIste en passant par le sans papier, comme à la porte de St-Ouen, au nord de Paris, sous le pont du périphérique, tous près du célèbre marché aux Puces. Du samedi au lundi, on peut y voir, sur un périmètre de 500 mètres, des centaines de camelots venus parfois de grande banlieue, que nous avons rencontrés en compagnie de l'un des plus charismatiques d'entre eux. Ici, tout le monde le connaît : sa gouaille, sa grande carcasse et sa sombre tignasse, Hakim ex-sdf, qui a depuis retrouvé un toit (interview). Michel est un quinquagénaire longiligne au visage anguleux. Sur le drap qu'il vient de poser, il expose son "butin" de la semaine (interview). Six mois que ça dure pour cet ancien du bâtiment, une pension invalidité de 500 euros et de la détresse dans son regard turquoise (interview). Il faut fendre la foule pour retrouver, un peu plus loin, Christine. Elle, fait plutôt dans le jeans à 1 euro. Elégante dans son chemisier vermillon, elle a perdu son emploi de boulangère l'an dernier (interview). Mina a 57 ans, dont 30 en tant que biffin, à côté d'autres Européens, souvent Roumains, mais aussi des Asiatiques ou des Africains (interview). Mais certains riverains contestent, eux qui depuis début mai font le guet devant leur résidence (interview). Car ces activités sont illicites, mais tolérées. Devant nos yeux, les policiers ciblent leur action : objets volés, contrefaçons ou, plus rare, alimentation parfois périmée. C'est ce qu'un agent conversant avec Hakim nous avoue hors micro (interview). Sauf pour ce Chinois dont la dizaine de sacs remplis de babioles part dans un camion-benne. Tout sauf une scie sauteuse qu'une jeune femme parvient à récupérer dans le dos de policiers (interview). Quelle est la réponse des pouvoirs publics et notamment de la mairie de Paris face à ce phénomène ? A l'automne, elle devrait créer 100 emplacements marqués au sol, porte de St-Ouen. Ils seraient occupés à la demi-journée pour contenter les quelques 200 vrais biffins aux yeux de la mairie, ce qui exclut les receleurs et les non-Parisiens. Les critères de sélection, sociaux, seront définis avec les associations, mais la ville de Paris indique qu'elle ne veut pas créer de marché aux pauvres mais plutôt faire de l'"accompagnement social" - une expérience d'au moins un an qui pourrait être étendue, en cas de succès, ailleurs à Paris. Un reportage de Nour-Eddine Zidane.

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