Une filiale du groupe Roulier veut extraire 400 000 mètres cubes par an de sable en baie de Lannion, dans les côtes d'Armor. L'équivalent de la Tour Montparnasse chaque année. Riverains, écologistes, pêcheurs crient déjà à la catastrophe écologique et économique.

Un exemple de sable coquillier
Un exemple de sable coquillier © Radio France / Julie Pietri

Ce sable, un petit peu particulier, c'est ce qu'on appelle le sable coquillier

Bernard Lenoir

Vous voyez, ce n’est pas du sable fin comme sur une plage mais quelque chose d’un peu grossier, soit avec des petits débris de coquillage ou carrément des coquilles entières et un peu de sable mélangé.

Bernard Lenoir est l'un des responsables de la Compagnie armoricaine de navigation. Son projet : aspirer huit millions de mètres cubes de sable dans une dune sous-marine, à quelques kilomètres de la côte, et ça en 20 ans.

Bernard Lenoir

Le stock que représente cette dune c’est 186 millions de mètres cubes. Au bout de 20 ans on n’aurait prélevé que 4% de la dune. On en a besoin parce que depuis la fin 2013 nous n’avons plus le droit d’extraire du "maërl", une algue fossilisée, qui figure parmi les habitats protégés. Nous n’avons plus le droit de l’extraire du long des côtes, donc nous n’avons plus cette ressource dont nous nous servons pour faire des fertilisants pour la filière agricole.

un enjeu est économique des deux côtés

Le sable coquillier c'est un terreau, pour des terres bretonnes, par exemple, acides et pauvres en calcaire. Il permet donc d’éviter le trop plein d'engrais chimique.

Jean-Philippe Le Gonidec est agriculteur à Gommenec’h.

Pour moi c’est un produit nécessaire, je travaille avec très peu d’engrais chimique grâce au sable coquillier.

(Sable coquillier) Les bateaux de pêcheurs du port de Trébeurden
(Sable coquillier) Les bateaux de pêcheurs du port de Trébeurden © Radio France / Julie Pietri

Nicolas Garrel est pêcheur à Trébeurden, en baie de Lannion. Le problème, dit-il, c'est que les bateaux de la CAN, la Compagnie armoricaine de navigation, viendront pomper dans un lieu stratégique. Là où vit le lançon, un poisson vital pour les pécheurs puisqu'ils s'en servent comme appât. Nicolas Garrel, pêcheur

Ca c’est le lançon. Le poisson ressemble à une petite anguille. Le lançon, tous les poissons le mangent.. Il nous permet de pécher du bar et de la dorade. Et le grand réservoir à lançon c’est la dune. A la CAN ils le savent bien mais ils s’en foutent royalement. S’ils viennent, ils vont tout massacrer et sans lançon pas de pêche, pas la peine d’aller en mer.

(Sable coquillier) Le lançon, un petit poisson menacé par le projet, selon ses détracteurs
(Sable coquillier) Le lançon, un petit poisson menacé par le projet, selon ses détracteurs © Radio France / Julie Pietri

La science trop lente par rapport aux besoins économiques

"Si notre projet est retoqué, on perdra 24 postes", dit la Compagnie armoricaine de navigation.

Certes, répondent les pêcheurs, mais si vous pompez, nous on perdra une centaine d'emplois dans la baie.

Alain Bidal, le président du Collectif du Peuple des Dunes en Trégor va même plus loin.

Ce qui nous inquiète c’est le "dégraissement des plages". La nature aura horreur du vide et on risque que le sable des plages aille combler le trou du sable qu’ils auront aspiré dans la dune.

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La CAN répond : "Nos bateaux sont trop petits pour aller plus loin". "Et puis il n'y a pas de sable coquillier partout".

Eric Chaumillon est géologue, à l'Université de La Rochelle.

Il y a des exemples dans le monde ou à force d’extraire à proximité des cotes on a fait disparaître certaines d’entre elles. On pourrait envisager de commencer des extractions expérimentales avec des mesures pour voir comment ça impacte l’environnement d’un point de vue sédimentaire que d’un point de vue biologique.

Sauf que ça prendrait trois ans. Aujourd'hui, le dossier est sur le bureau d'Arnaud Montebourg. Le ministre de l'économie doit trancher prochainement.

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