Ils sont une soixantaine âgés de 9 à 15 ans. Ils ont débarqué à Paris il y a 18 mois environ. Ces enfants viennent de Tanger et Casablanca où ils menaient une vie d'errance et de délinquance. A la Goutte d'Or, ils vivent dehors, ils sont souvent violents et drogués. Des éducateurs tentent de leur venir en aide.

Des enfants et des adolescents marocains dans le square Alain Bashung dans le XVIII arrondissement de Paris.
Des enfants et des adolescents marocains dans le square Alain Bashung dans le XVIII arrondissement de Paris. © Maxppp / Philippe de Poulpiquet

Ils sont apparus dans les rues de la Goutte d'Or (quartier du nord de Paris) il y a un an et demi. Des bandes d'enfants marocains, qui ont traversé la Méditerranée et ont parcouru l'Espagne avant de se fixer en France. Délaissés par leur famille ou orphelins, ils sont partis en quête d'une vie meilleure. Mais à Paris ces mineurs isolés ont reproduit ce qu'ils ont vécu au Maroc : errance et délinquance.
Très farouches voire hostiles, ils refusent d'être pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Ils se méfient de tout, des adultes en premier lieu.
D'abord déboussolée, la mairie de Paris a fait appel à une association pour leur venir en aide. La méthode est inédite : il ne s'agit pas de placer ces enfants, mais des les "apprivoiser" pour les amener à accepter de se mettre à l'abri. Le temps d'une nuit d'abord. Puis au fil des mois, de revenir au centre d'accueil. 

C'est la fin de l'après-midi à la Goutte d'Or. L'orage a lessivé le sol, les rues sont désertes.
Mais peu importe la météo, les éducateurs du centre d'action sociale protestant (CASP-La Clairière) partent en maraude. Il y a là Chansia Euphrosine la directrice, Mohamed Karkach le responsable du dispositif, Tareq et Jacques, deux éducateurs. Il pleut des cordes. Les enfants se sont réfugiés dans une laverie rue de Jessaint. Les éducateurs entrent dans la laverie mais les enfants ont une réaction hostile.
Des insultes et des cris, il semblerait que le micro les ait effrayés.
"Ils sont comme ça, on travaille à partir de ce qu'ils sont. Ils n'ouvrent pas leur porte facilement. Aller à leur encontre est une épreuve au sens où on recommence tous les jours", explique Mohamed Karkach.
Deux heures plus tard, onze enfants de 9 à 15 ans. acceptent finalement de suivre les éducateurs au centre d'accueil de nuit dans le 11ème arrondissement. Les faire quitter la Goutte d'Or, où ils ont leurs habitudes est une petite victoire en soi.
A l'intérieur du centre, un petit de 9 ans se fait soigner, il a la gale. Tous ont des bleus sur le corps, les pieds nus et gonflés, un regard qui dit la fatigue et la colère. Autant de traces de leur vie de misère.
L'un d'entre eux accepte de raconter son histoire. Il s'appelle Ali, il a 12 ans.

"Ma mère, c'est la seule personne que j'aime"

"Je suis parti tout seul du Maroc. Je me suis caché dans le châssis d'un camion qui prenait le ferry à Tanger. Cela fait 8 mois que je suis à Paris" explique Ali. "Je ne souhaite pas rester en France, j'aimerais aller en Suède. J'ai de la famille là bas".
On demande à Ali comment il fait pour vivre seul à Paris. Il répond franchement:  "je suis obligé de voler sinon je n'ai rien pour vivre. Je fais les poches des gens dans le métro et dans la rue. J'arrache les montres, les gourmettes, les téléphones. Et ensuite je revends tout à Barbès. C'est là qu'il y a les receleurs"
Pourquoi Ali a-t-il quitté le Maroc ? "Mes parents ont divorcé, ma mère m'élève seule mais elle travaille beaucoup. Maintenant que je suis ici je peux lui envoyer un peu d'argent" explique le garçon avant d'ajouter, soudain très enfantin, "ma mère, c'est la seule personne que j'aime".

Derrière le profil de délinquant, un enfant

Des mots de mômes qui montrent que derrière le profil de délinquant, on a bien affaire à un enfant.
Alors comment traiter ces enfants justement? Mohamed Karkach, le chef du dispositif, explique que seule la présence paye. Il organise ses maraudes tous les soirs, 7 jours sur 7. "On occupe le terrain parce que c'est notre travail. Et aussi pour ne pas que eux l'occupent" dit-il.  "On leur montre qu'il y a une autorité qui existe, il y a des lois, il y a des adultes. Même dans la rue on ne fait pas ce qu'on veut, et a fortiori au détriment des riverains du 18ème". Mohamed Karkach conclut : "on peut se féliciter humblement que parfois ça marche".
Mais parfois aussi c'est l'échec: des gamins que l'on récupère pour la 10ème fois au commissariat car il ont encore volé des portables.
Walid, un éducateur du centre d'accueil de nuit, reconnaît : "pour certains on a vraiment l'impression que quelque chose s'est éteint. Que la flamme de l'enfance s'est éteinte ; ça va être compliqué. On essaie de leur parler de manière individuelle, de les sortir du groupe. Mais c'est vraiment un travail de fond".
Un travail de fond financé par la mairie de Paris. Le dispositif pourrait être renouvelé en fin d'année.

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