Camp de Moria désormais fermé
Camp de Moria désormais fermé © Laurent Grout/Radio France

Dix jours après l’entrée en vigueur de l’accord de Bruxelles qui prévoit le renvoi en Turquie de tous les migrants arrivés en Grèce depuis le 20 mars, c'est toujours le flou le plus total quant à son application. Et si le flot de migrants s'est considérablement réduit, ils sont encore plusieurs dizaines à tenter chaque jour la périlleuse traversée entre la Turquie et la Grèce.

Sur l’île grecque de Lesbos, au port de Mytilène, dans le froid et le vent du petit matin, 120 migrants débarquent, soulagés mais épuisés. Un patrouilleur des gardes côtes grecques les a secourus en mer.

Jean est soudanais

Avec les autres migrants de son embarcation en majorité pakistanais et syriens. Ils sont directement acheminés du port vers le centre de rétention de Moria.

Avant l’accord, le hotspot de Moria était un centre ouvert où les migrants venaient déposer leurs empreintes. Puis ils étaient libres de prendre un ferry pour Athènes. Depuis le 20 mars Moria est devenu un centre fermé , étroitement surveillé par la police anti-émeutes. Personne n’a le droit d’en sortir, sauf Sarah, 18 ans, qui a obtenu une permission de quelques minutes.

Sarah

On a peur d’être renvoyé en Turquie, on ne nous dit rien. Je veux juste trouver un endroit où vivre en paix et pouvoir continuer mes études

A distance, derrière le grillage et les fils barbelés, on a pu interroger Muhannad, 18 ans. Il rêve d’aller rejoindre son frère en Allemagne…

Muhannad

Ici c’est devenu une prison, on ne peut pas sortir.

Que vont devenir ces quelques 1400 migrants qui sont arrivés en Grèce depuis le 20 mars ?

Même les autorités à Lesbos ne savent pas quoi en faire. Les policiers grecs disent qu'ils attendent les renforts de l'Union Européenne qui a promis 2.300 juges, traducteurs et policiers pour assurer la logistique. Mais à Lesbos, seule une poignée de policiers hollandais sont déjà sur place.

Selon nos informations, la France enverra à partir de la semaine prochaine 200 personnes chargées d'escorter les migrants vers la Turquie et 100 fonctionnaires chargées de recueillir les demandes d'asile.

Pour le reste, c'est le saut dans l'inconnu estime Michele Telaro de Médecins sans frontières.

Les réfugiés qui arrivent sont enregistrés et mis en détention, on ne sait pas si elles pourront postuler pour l'asile ou seront renvoyées en Turquie

Camp de retention de Moria
Camp de retention de Moria © Radio France/Laurent Grout

Au-delà du manque d’information, les ONG doutent aussi de la légalité de cet accord

La Commission Européenne pense avoir trouvé la parade en demandant à la Grèce de reconnaître la Turquie comme un "pays tiers sûr", ce qui faciliterait le renvoi des migrants.

Cela fait bondir Effy Latsoudis de Lesbos Solidarité

La Turquie n’est pas un pays sûr et en plus en Turquie seuls les citoyens européens ont le droit de faire une demande d’asile.

Même Spyros Galinos, le très modéré maire de Mytilène, dit que cet accord va à l’encontre des valeurs de l’Europe.

Les valeurs que défend l'Union Européenne comme la démocratie, l'humanité et la justice, doivent prévaloir, même quand on fait face à ce genre de crise.

Le maire de Lesbos plaide depuis des mois pour que le tri entre les migrants économiques et les réfugiés se fasse en Turquie : "Pourquoi leur infliger une traversée périlleuse et coûteuse... si c'est pour les renvoyer ensuite", demande-t-il.

Muhannad, derrière les grillages et les barbelés
Muhannad, derrière les grillages et les barbelés © Géraldine Hallot
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