Le Yémen est au bord de la rupture. Ce pays, grand comme la France, est aussi le plus pauvre du Moyen-Orient. L'UNICEF y est allé pour une mission d'urgence et en traversant les rues de la capitale, Sanaa, rien ne laisse apparaître que le pays est en guerre. Et pourtant, les combats ont bien repris le 11 août dernier dans la région de Saada, dans le nord du pays, à la frontière avec l'Arabie Saoudite. Depuis 2004, c'est la 6ème fois que les forces gouvernementales affrontent ceux qu'on appelle les Houtiis, une minorité chiite qui réclame une meilleure répartition des richesses du pays. Depuis des semaines, les populations sur place sont prises entre le feu de l'armée gouvernementale et les bombardements de l'aviation saoudienne, pays allié du Yemen. Au moins 200 000 personnes ont fui les combats. Grâce à l'UNICEF, nous avons pu visiter le camp d'AL MAZRAK, à 5 km de la frontière saoudienne. 15 000 personnes y sont accueillies. Elles sont des centaines à arriver chaque jour. Ce sont des pauvres villageois qui ont tout quitté, comme Brahim. Il a 15 ans (interview). Difficile de vérifier ces témoignages puisque les zones de combats sont strictement interdites. Même les humanitaires sont refoulés. Trop dangereux selon les autorités qui, bien sûr, ne souhaitent pas que des journalistes surtout occidentaux interrogent les rebelles ou voient de trop près les conséquences de ce qu'on appelle là-bas la 6ème guerre de Saada. Comment réagissent les autorités ? En fait, le pouvoir veut en finir avec les insurgés. L'opération militaire s'appelle "terre brûlée". Mais dans les faits, les autorités semblent dépassées. Et les Houtiis, dans leurs montagnes, progressent village par village. Militairement. C'est une situation à l'afghane. Les représentants dans le pays évoquent aussi de plus en plus l'aide de l'Iran, le voisin chiite, qui armerait la rébellion. Et les menaces se font de plus en plus précises. Ahmed Salem El Jabel est gouverneur d'Hodeïdha, la grande ville cotière de l'ouest du pays (interview). Il y a vraiment de quoi être très inquiet. Selon les acteurs de terrain, sur place, c'est vraiment l'escalade. L'UNICEF y fait un travail énorme. Aboudou Adji Badé est l'un des représentants de l'agence de l'ONU au Yémen (interview). Plus de 500 000 personnes sont encore bloquées dans le nord du pays. Impossible pour elles de fuir les combats. Sur cette population, près de la moitié a moins de 15 ans. _____Un reportage de Nasser Madji.

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