Brièvement évoqués dans une note du conseil scientifique début novembre, le recours aux purificateurs d'air pour les espaces clos est-il une arme efficace dans la lutte contre la Covid-19 ? Oui, à condition de choisir les technologies éprouvées et de ne pas se tromper sur l'objectif visé...

Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne Rhône Alpes, présente un nouveau dispositif de purification de l'air à Saint-Priest le 10 novembre dernier
Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne Rhône Alpes, présente un nouveau dispositif de purification de l'air à Saint-Priest le 10 novembre dernier © Maxppp / Maxime Jegat

Avec l'arrivée prochaine de l'hiver et la baisse des températures, aérer les espaces clos va devenir de plus en plus délicat : pour le confort, mais aussi pour la facture énergétique. Dans ces conditions, faut-il envisager d'installer des purificateurs d'air, notamment dans les salles de classes comme l'a suggéré Laurent Wauquiez le 12 octobre ? Le président de la région Auvergne Rhône-Alpes avait promis une enveloppe de 10 millions d'euros, des tests pendant les congés de la Toussaint et une installation rapide dans 585 lycées. Le 2 novembre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education Nationale expliquait qu'une étude scientifique montrait que ces purificateurs n'étaient pas probants. Pourtant, dans sa note du 26 octobre, tout en rappelant la nécessité d'aérer systématiquement les locaux, le conseil scientifique estimait qu'il était temps d'engager une réflexion sur les purificateurs d'air comme le font les Allemands. Alors qu'en est-il réellement ? Face à la surenchère de produits et de technologies proposées, comment faire la différence entre ce qui marche et ce qui ne sert à rien ?  

Rassurer les élèves et les équipes scolaires

Sur le terrain, quelques rares dispositifs sont déjà en fonctionnement. Tous n'ont pas la même visée. À La Présentation de Marie (1 400 élèves de la maternelle au lycée) à Saint Julien en Genevoix en Haute-Savoie, le chef d'établissement François Pouvrasseau s'est préoccupé d'offrir des locaux parfaitement désinfectés avant  le premier déconfinement. "Pour la sécurité des élèves et de mes équipes" explique t-il, "cela rassure". Compte tenu de l'investissement nécessaire, il n'était pas question d'équiper chaque salle de classes. La désinfection se fait grâce à un appareil portable. Il sert aux 60 classes (à tour de rôle), au CDI, au réfectoire et à l'infirmerie, laquelle est désinfectée tous les jours et lorsqu'un cas Covid-19 est signalé). Longtemps négligée car longue à mettre en œuvre, la technologie de la désinfection des surfaces par voie aérienne est scientifiquement validée. 

Désinfecter les surfaces n'est pas purifier l'air 

10 ans de recherches et 25 brevets permettent à Didier Martinez, président de la société Cleanscience de proposer la technique en milieu hospitalier, pour les bureaux et désormais les établissements recevant du public. Le principe consiste à faire passer un puissant flux d'air passe au travers d'une solution biocide à 6% de peroxyde d'hydrogène  (l'eau oxygénée) additionnée de 0, 06% d'un cocktail chimique. Les gouttelettes générées sont si fines (de l'ordre du nanomètre) qu'elles agissent comme un gaz et se répandent partout dans une pièce. Il suffit de calibrer la quantité de solution sur le volume à désinfecter. "Dans l'air, grâce à l'aérosolisation, les particules entrent en contact avec le virus et l'éliminent" explique Didier Martinez qui fait valoir la validation par l'armée de son procédé et ses propres analyses en laboratoire. Comment en effet juger de l'efficacité d'une technologie ? Existe t-il des normes ?

Des normes existent

C'est ce qu'affirme Fabien Gérardin, responsable d'études au Laboratoire Procédés et épurations des polluants à l'Institut National de Santé au Travail (INRS). Il existe des normes qui décrivent les méthodes d'essais d'évaluation à suivre. Une norme n'est toutefois pas obligatoire pour mettre sur le marché un produit ; elle constitue toutefois un garde-fou selon lui. Quant à la réglementation, c'est elle qui motive actuellement la mise sur le marché de produits toujours plus nombreux. La qualité de l'air est devenu un enjeu de santé public. L'employeur parce qu'il est responsable de la santé de ses salariés, est de plus en plus enclin à s'interroger sur cette question de purification de l'air. "Si l'on parle de purification de l'air, par exemple, la norme est de 25 m3/heure/personne d'air extérieur apporté" précise t-il. Seuls de puissants purificateurs répondent à cette exigence. Et encore, dotés de filtres Haute Efficacité (HEPA) de classe 13 minimum.

Attention à certains dispositifs potentiellement dangereux

C'est ce que l'Allemagne a, semble-t-il, testé, avec un effet collatéral inattendu : le bruit. Chez Airinspace, spécialiste de l'épuration d'air dans les hôpitaux, on s'intéresse depuis peu à ce marché nouveau des cabinets médicaux et du tertiaire. "L'air est renouvelé 12 fois par heure, passe par un filtre HEPA 14 -capable de retenir des organismes de 0,3 microns) sur lequel le virus vient s'écraser et cela sans dépasser les 45 décibels soit l'équivalent d'un lave vaisselle" précise Stéphane Chatenet, PDG de l'entreprise. La qualité du carénage de sa machine, la puissance expliquent cette performance et aussi son coût. À Montpellier, c'est dans une cantine scolaire que huit appareils ont été récemment installés. Attention toutefois à la bonne étanchéité du système et à protéger les personnes lors du changement du filtre précise l'INRS dans sa note. Pour des systèmes validés en milieu hospitalier et adaptés à des locaux tertiaires, combien de dispositifs non efficaces voire dangereux ? Beaucoup, semble t-il. Du moins, faut-il se méfier des allégations. Et "ne pas négliger d'éventuels dangers", insiste Fabien Gérardin de l'INRS. Dans un dossier récent destinées d'abord aux entreprises, L'Institut a récemment mis en garde contre certains dispositifs basés sur des procédés de catalyse physico-chimique, qui en "envoyant dans l'air des produits comme l'ozone peuvent générer des sous-produits secondaires plus nocifs encore, comme les formaldéhydes". Il y a à la fois un risque "de sous-dimensionnement pour ces appareils et de vieillissement prématuré par encrassage du  catalyseur, ce qui augmente les risques" ajoute t-il. Quant à la technologie de désinfection par UVC, si elle est efficace, elle comporte elle aussi des risques importants, celui de l'irradiation en cas de présence humaine. Le lycée Lafayette à Clermont Ferrand a récemment changé l'éclairage de ses ateliers et choisi un système hybride mis au point par l'entreprise locale DIETAL: des leds d'éclairage couplés à des lampes UVC dans les plafonniers. La mise en route se fait quand les locaux sont vides et une alarme prévient en cas d'intrusion dans la pièce. "Jamais les UVC n'ont purifié l'air" s'exclame Stéphane Chatenet : "Les UV, c'est pour les surfaces et en plus à une distance  de quelques dizaines de centimètres". 

Plus de données nécessaires 

L'INRS  a lancé deux études. L'une va tester les dispositifs les plus pertinents et devrait être rendue publique en 2021 ; l'autre, sur une durée de trois ans, va pousser plus loin les travaux scientifiques sur la qualité de la filtration, la disposition idéale des machines. D'ici là, il reste indispensable de continuer l'aération naturelle, "la plus efficace" de l'avis de Stéphane Chatenet et Didiez Martinez. Tous deux insistent sur le fait qu'en aucun cas, les solutions technologiques ne permettent de se passer des gestes barrières, du port du masque notamment.  

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