Fabriquer des fragments de soleil en laboratoire, ne plus seulement se contenter des ordinateurs pour simuler et comprendre le fonctionnement des étoiles mais les créer de toutes pièces. L'expérience, si séduisante soit-elle, n'a jamais pu avoir lieu. Mais ce n'est désormais qu'une question d'années. Près de Bordeaux, le Commissariat à l'Energie Atomique construit en ce moment un super laser : le laser Megajoule. Il sera utilisé par les astrophysiciens et d'autres scientifiques mais aussi et surtout pour des applications militaires. Car les processus de fusion qu'on trouve au cœur des étoiles sont les mêmes que ceux des armes thermonucléaires. L'imposante machine sera opérationnelle dans 5 ans. Depuis 3 ans, les pelleteuses s'activent sur la commune du Barp. Sur le centre scientifique et technique d'Aquitaine, au milieu de la pinède, le Commissariat à l'Energie Atomique finance pour 2, 3 millions d'euros le Laser Mégajoule. Un chantier imposant. Un bâtiment de 300 mètres de long, 150 de large et 35 de hauteur. De quoi loger 2 arcs de triomphe côte à côte dans le coeur du bâtiment, là où auront lieu les expériences. A l'abri du béton, le plus puissant laser du monde avec le NIF que les américains construisent au même moment en Californie. Alors à quoi ça va servir ce Laser Méga joule ? La réponse de Pierre Bouchet, directeur du CESTA (interview). Le laser mégajoule (méga pour millions) va abriter 240 lasers, ces sources de lumière que les conférenciers utilisent pour pointer. 2 à 3 fois par jour, ces 240 lasers seront "dopés" en énergie au fur et à mesure qu'ils parcoureront les 300 m du bâtiment. Ils seront ensuite et pendant un temps très bref, pointés et concentrés sur une cible minuscule, de la taille d'une tête d'épingle. Dans cette cible, il y aura du deutérium et du tritium, qui sont 2 petits frères de l'hydrogène - les scientifiques les appellent des isotopes. Bombardé par les faisceaux laser, le mélange va chauffer jusqu'à plusieurs millions de degrés, se comprimer tant et si bien qu'à la fin, cela produira une fusion nucléaire. Voilà, si vous avez suivi, vous avez la recette pour reproduire en éprouvette et à échelle réduite les phénomènes qui ont lieu dans la bombe H mais aussi au coeur des étoiles. Une partie des expériences menées au Laser Mégajoule serviront à des programmes de recherche civile. En marge du programme Simulation et de la politique de dissuasion, le laser sera utilisé pour des projets de recherche fondamentale. Pour comprendre les conditions qui ont présidé à la formation de l'Univers, pour la physique des matériaux, la fusion thermonucléaire, celle qui pourrait un jour fournir une énergie illimitée. Jean-Pierre Chièze, astrophysicien et responsable de l'institut des lasers et des plasmas, lui se réjouit de recréer en laboratoire des minis soleil (interview). Mais pourquoi ce chantier est-il si long ? Parce qu'il est compliqué. Faire converger 240 faiseaux laser sur une tête d'épingle, ça nécessite une précision diabolique. Le cahier des charges qu'on a imposé au responsable du chantier, Laurent Schnieder n'était pas mince. Le bâtiment doit rester super propre (on recycle l'air 14 fois par heure), à température constante, et résister aux vibrations (interview). Début du fonctionnement en 2011 donc. Un dossier de Sophie Bécherel, spécialiste des questions scientifiques à France Inter.

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