68 ans après la fin de la guerre civile espagnole de 36-39, pour la première fois dans l’histoire du pays, une loi dite « de mémoire historique » va condamner le régime de Franco. Le texte, rédigé à l'initiative du gouvernement socialiste, devrait être adopté dans les heures qui viennent par le Parlement espagnol. Mais il a suscité la polémique en Espagne : les socialistes on été accusés de vouloir rouvrir de vieilles blessures. C'est Jose Luis Zapatero lui-même, le Président du gouvernement espagnol, qui est personnellement à l’origine de cette loi. Il est le petit fils d'un républicain tué pendant la guerre civile et tenait beaucoup, avant la fin de la législature qui s'achève en mars, à rendre hommage aux victimes du franquisme. Ce projet de loi va, en effet, condamner la dictature mais pas seulement, elle va gommer toutes les séquelles du fascisme, remettre en question les décisions arbitraires des tribunaux de la dictature, dénoncer l'exécution sommaire de milliers de républicains dont beaucoup sont enterrés dans des fosses communes, effacer partout en Espagne les derniers vestiges du franquisme, les noms de rues ou les statues. L'église catholique, encore très puissante en Espagne, a estimé cette loi "inutile" alors qu'elle a béatifié dimanche à Rome 498 religieux tués par les républicains sans évoquer les prêtres assasinés par la dictature. Quant à la droite, héritée du franquisme, elle a affirmé qu'il était inutile de rouvrir les blessures du passé. Angel Acebes, ancien ministre du gouvernement Aznar est le numero 2 du parti populaire, le principal parti d'opposition. Il attaque le président du gouvernement (interview). Pour le gouvernement au contraire, il s'agit d'une loi incontournable pour adapter l'Espagne démocratique au monde moderne. Les victimes des républicains ont suffisamment été honorées pendant le franquisme. Le moment est venu, dit-on à gauche, de commémorer les milliers de republicains qui ont lutté contre le putch du general Franco et qui ont été jugés par des tribunaux d'exception, voire exécutés sans même avoir été jugés. Maria Teresa de la Vega est la vice president du gouvernement espagnol (interview). Même son de cloche de la part de l'ancien parti communiste, de Gaspar LLamazares, coordinateur d'Izquierda unida (interview). Un sondage indique que 49 % des espagnols, une forte majorité donc, est en faveur de la loi qui sera votée. Elle le sera contre l'avis du parti populaire, le parti d'opposition de droite et, pour des raisons opposées, contre celui des republicains catalans qui estiment que la loi ne va pas assez loin. Un dossier de Pierre Cayrol, en direct de Madrid en Espagne.

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