Les lettres GAD laissent maintenant place à une façade vide
Les lettres GAD laissent maintenant place à une façade vide © MaxPPP

Le conflit social a enflammé la Bretagne pendant plus d'un an et demi. Les ex-abattoirs GAD viennent d'être repris in extremis par le groupe Intermarché. Ou plutôt ce qu'il en restait : en l'espace d'un an et demi, deux sites ont été pratiquement rayés de la carte : à Lampaul-Guimiliau et à Saint-Nazaire. Ne reste que celui de Josselin et ses 225 salariés.

Plus de 1.200 suppressions de postes et un lourd conflit social plus tard, le site historique GAD de Josselin dans le Morbihan a été repris par le groupe Intermarché. L’activité continue, mais sous le nom de Josselin Porcs Abattage, et avec 225 salariés en moins.

Façade vide

Sur la façade orpheline de l'immense usine de la zone industrielle de Josselin, les trois lettres GAD ont été retiréess le week-end dernier. Patrick Piguel représentant syndical CFDT ne réalise pas vraiment : "C’est quand je suis arrivé ce matin que j’ai vu qu’ils avaient enlevé les panneaux... Je me sens dénudé… On a sauvé ce qu’on a pu… "

Patrick Piguel représentant CFDT : "Je me sens dénudé… On a sauvé ce qu’on a pu"

Sur le site GAD de Josselin 530 emplois sur 755 sont sauvegardés par le repreneur SVA Jean Rozé (Groupe Intermarché), mais ce qui ne passe résolument pas là bas, c'est la manière dont les salariés ont été informés de leur avenir : vendredi le 17 octobre, tous sont convoqués dans la salle polyvalente du village. Là-bas, ils découvrent, sonnés, qui reviendra travailler le lundi suivant. Et qui ne reviendra pas.

J'étais enceinte...Ils m’ont dit que j’étais licenciée. J’étais sous le choc. C’est inhumain.

Le site est maintenant partagé entre colère et amertume
Le site est maintenant partagé entre colère et amertume © Radio France

Géraldine Urien a 40 ans, elle est enceinte de six mois : elle a donné la moitié de sa vie à GAD. "Il y avait une file de droite, une file de gauche. Il fallait passer par ordre alphabétique. Moi je me suis glissée derrière mon mari, qui était avant dernier. Lui, c’était un départ volontaire. Moi j’étais enceinte. Je me suis dit qu’un départ volontaire, c’était bien pour tout le monde, que ça laissait une place pour les autres. Et qu’ils n’allaient pas renvoyer une femme enceinte. Ils m’ont emmenée dans une salle à part. Et m’ont dit que j’étais licenciée. J’étais sous le choc. C’est inhumain. Inhumain. ", se souvient-elle, la gorge nouée.

"J’étais sous le choc. C’est inhumain." - Géraldine, ex-GAD

Nous avons spécifié un besoin de postes de travail, et le travail de sélection a été réalisé par l’ancienne direction des établissements GAD avec l’aide des administrateurs

Sur ces circonstances, Patrick Faure, le directeur des opérations industrie du repreneur, SVA Jean Rozé, la filiale de production de viande d'Intermarché, entend recontextualiser : "Le projet de reprise a déterminé pour un abattage prévu de 23.000 porcs par semaines combien de postes étaient nécessaires pour réaliser cette activité, soit environ 530 postes. Nous avons spécifié un besoin de postes de travail, et le travail de sélection a été réalisé par l’ancienne direction des établissements GAD avec l’aide des administrateurs. "

Le directeur des opérations industrie du repreneur

Le repreneur reconnait qu'il va devoir faire quelques ajustements en termes d'effectifs. De son côté, la CFDt dénonce des cadences infernales. Elle prédit qu'il va falloir rappeler 17 salariés parmi les licenciés. Il devra en outre investir 20 millions d'euros dans l'usine : il en faudra plus pour rassurer les salariés, pour la plupart usés par des mois de tourmente. Parmi eux, Annick, rencontrée à la sortie du site : "Ca nous fait mal au cœur de voir des gens dehors…Moi j’ai eu de la chance, je suis un peu rassurée…Mais j’espère que ça va durer…Et j’en dis pas plus… "

"J’ai eu de la chance, mais j’espère que ça va durer" - Annick, salariée reprise par SVA

A Josselin, dans le village, on hésite à se réjouir des emplois sauvés. Sûrement par pudeur pour ceux qui attendent leur lettre de licenciement. Pour eux, un autre combat débute : étudier les offres de reclassement, les formations. Et commencer à entrevoir la vie ailleurs, la vie après GAD.

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