France Inter nous emmène ce matin en Iran, six mois après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et trois mois après le rétablissement des sanctions qui empêchent Téhéran de commercer avec le reste du monde.

Vue du très moderne centre-ville de Téhéran
Vue du très moderne centre-ville de Téhéran © Radio France / Gilles Gallinaro

Ce soir-là, Iman a invité des amis à dîner. Ils sont jeunes, peu portés sur la religion, fous de musique et de culture. Le chômage qui gangrène la société iranienne les a pour l'instant épargnés : ils sont ingénieur, professeur de piano ou en plein service militaire. 

Et dans l’intimité d’un appartement du nord de Téhéran, ils parlent de leurs rêves d’une vie meilleure, balayés par le retour des sanctions. "On avait beaucoup d’espoir après la signature de l'accord" se remémore Iman, 35 ans. On voulait se rapprocher d’autres pays, on voulait voyager et puis tout s’est arrêté il y a six mois."   "Aujourd’hui, certains disent que c’est Trump qui est responsable de l’échec de cet accord. D’autres disent que c’est la faute de notre gouvernement.  Je ne sais pas qui est responsable, mais moi je peux vous dire que je suis partagé entre la peur et la tristesse."

Le rial a perdu 80% de sa valeur

Il y a même de l'embarras, de la honte même au moment de faire ses courses. Ne plus pouvoir s'acheter ce qui était accessible avant. Depuis le retour des sanctions, le rial (la monnaie iranienne NDRL) s’effondre. Il a perdu 80% de sa valeur en un an. Et l’inflation s’envole.

Sara* a la trentaine. Elle est designer et maman d’une petite fille de six mois. "C’est très dur pour nous" raconte-t-elle d’une voix étranglée par la colère. "Parfois je n’ai pas de quoi acheter du lait pour ma fille. Le prix des couches a été multiplié par trois. C’est vraiment très cher. Les sanctions nous rendent vraiment très pauvres. Mais je tolère cette situation car j’ai l’espoir que ce régime s’en aille. Je ne suis pas en colère contre les États-Unis. J'espère que leurs pressions vont faire tomber notre régime" lâche la jeune femme.  "Si mon mari, ma fille et moi en sommes réduits un jour à dormir dehors pendant six mois,  je l'accepterai, si au bout du compte le régime tombe."

Dans les allées du Grand Bazar, même les commerçants d'habitude fidèles soutiens du régime laissent éclater leur colère
Dans les allées du Grand Bazar, même les commerçants d'habitude fidèles soutiens du régime laissent éclater leur colère © Radio France / Isabelle Labeyrie

Dans les pharmacies de Téhéran, il y a pénurie de médicaments

L'interdiction des transactions bancaires avec l'Iran et la dévaluation du rial rendent quasiment impossible les importations. Mariam*, 62 ans, souffre de polyarthrite rhumatoïde. Ses articulations sont déformées par des œdèmes très douloureux : "Hier quand je suis allée à la pharmacie pour recevoir mon injection hebdomadaire, le pharmacien m’a dit qu’il n’en avait plus" raconte Mariam. "De nombreux médicaments sont introuvables et quand j’ai demandé au pharmacien quand est-ce que nous serons à nouveau approvisionnés, il m’a répondu de prendre mon mal en patience et d’attendre un avenir meilleur. Les sanctions touchent directement le peuple iranien. Pas les officiels ni les membres du gouvernement qui ont toujours des facilités pour se procurer tel ou tel produit, mais nous, le peuple iranien, nous souffrons beaucoup."

Hassan Mohammed est analyste politique. Il a participé aux négociations de l'accord sur le nucléaire iranien en 2015. Ce proche du gouvernement de Hassan Rohani relativise la portée du mécontentement populaire. Il ne croit pas en un renversement du régime : "Vous savez, nous avons déjà traversé des périodes difficiles" dit-il. "Nous avons vécu une révolution en 1979 et une guerre avec l’Irak pendant les années 80. Les iraniens se souviennent très bien de ces deux crises. Ils en sont sortis exténués, éprouvés et ne souhaitent pas revivre ça. ‘Changer de régime’ c’est une expression facile à dire mais c’est beaucoup plus difficile à vivre."

En attendant, dans les allées du Grand Bazar, même les commerçants d'habitude fidèles soutiens du régime laissent éclater leur colère : "Bientôt nous en serons réduits à mendier ou à nous enrôler dans l’armée pour gagner notre vie. Importer des marchandises me coûte trop cher ! Regardez mon magasin, il est vide !" s’emporte un marchand de jouets.

L'Iran gronde mais reste fer. Cette mère de famille chante: "la résilience fait partie de notre passé et de notre futur".

Dimanche prochain une nouvelle série de sanctions va entrer en vigueur et cibler plus précisément le pétrole iranien.

Washington veut empêcher Téhéran d'exporter son pétrole, ce qui serait catastrophique pour l'économie iranienne. Ses exportations de brut représentent  40% de ses recettes budgétaires.

* ces prénoms ont été modifiés

Iran : dates clé depuis le retrait américain de l'accord nucléaire
Iran : dates clé depuis le retrait américain de l'accord nucléaire © AFP / Sophie RAMIS, Cecilia SANCHEZ
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