Vendredi dernier en Égypte il n’y a pas eu de manifestations hostiles au pouvoir, contrairement à la semaine précédente. Il y a 10 jours, plusieurs centaines de personnes, effarées par les chantiers coûteux du Président Sissi - révélés par l'entrepreneur exilé en Espagne -, avaient pourtant courageusement manifesté.

Manifestation pro Sissi au Caire
Manifestation pro Sissi au Caire © Radio France / Frédéric Métézeau

Après une journée de manifestation, vendredi dernier n'a vu aucune mobilisation d'hostilité au gouvernement se produire dans la rue, car le pouvoir fait peser une chape de plomb sur l’Égypte. Le régime tient la rue, les réseaux sociaux, les médias et l’économie.

La place Tahrir a retrouvé son visage habituel. Les voitures roulent, les gens marchent, le musée du Caire attend ses visiteurs. Alors que vendredi dernier, le haut-lieu de la contestation de 2011 était inaccessible, cerné de barrières, de véhicules et d’hommes en uniforme et de gros bras en civil, patibulaires, la poche du pantalon ostensiblement déformée par un pistolet ou une matraque. Micros, caméras et appareils photos interdits, smartphones contrôlés, effacés voire confisqués, le pouvoir a réussi à effrayer la population, à dissuader d’éventuels manifestants de descendre dans la rue. Avec près de 2000 arrestations depuis 10 jours, "une chape a recouvert l’Égypte" constate Shaima Samy, chargée de mission pour une ONG de défense des droits de l’homme. 

Le vendredi 27 septembre, pour éviter toute nouvelle manifestation hostile, le pouvoir égyptien interdit les accès à la place Tahrir.
Le vendredi 27 septembre, pour éviter toute nouvelle manifestation hostile, le pouvoir égyptien interdit les accès à la place Tahrir. © Radio France / Frédéric Métézeau

Elle ajoute qu' "il n’y a pas de liberté d’expression aujourd’hui en Egypte. On vit des heures sombres. Ça a commencé avec des lois qui encadraient les manifestations, c’était censé être technique mais finalement ça a interdit et criminalisé les rassemblements. On a empêché les gens d’écrire. Aujourd’hui on n’envisage même plus de publier un article car la cour suprême a validé aussi les lois anti-médias.  

"Dans n’importe quel média on n’entend plus qu’une seule voix ! Un simple message sur Twitter ou les réseaux sociaux, c’est un crime"

Vendredi dernier, la seule manifestation autorisée était en faveur du régime. Et bien sûr elle a fait la une des journaux télévisés. 

Ici 1 personne sur 3 vit en situation de grande pauvreté, selon les statistiques officielles et cela n’arrête pas d’augmenter, comme les prix. La vie devient difficile même pour la classe moyenne favorisée.

Sissi et l’armée tiennent une partie de l’économie : le tourisme, les travaux publics bâtiment, son projet de nouvelle capitale est une bénédiction pour des milliers d’employés du BTP. Le raïs mobilise aussi les artistes, "Amayzen faouda, ils veulent le chaos" chante Mohamed Ramadan. L’une des plus grandes stars du pays dénigre tous ceux qui voudraient critiquer le pouvoir.

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