A Biarritz, se tenait du 24 eu 29 janvier, la 19ème édition du FIPA, le Festival International des Programmes Audiovisuels. Ce que l'on vient voir au Fipa, c'est le meilleur de la télévision du monde entier, dans tous les genres. Parmi eux, le documentaire vit depuis plusieurs années un regain d'amour du public, au cinéma et à la télévision. Et pourtant, tourner et montrer des documentaires aujourd'hui relève pour beaucoup d'auteurs d'un véritable parcours du combattant. Juste un exemple, mais il est parlant. L'année dernière un documentaire de Rémi Mauger, journaliste à France 3 Normandie, remporte à Biarritz un Fipa d'argent. "Paul dans sa vie", beau portrait d'un paysan de 80 ans, témoin d'une époque presque disparue, vient d'être diffusé sur France 3, à minuit 45. Un horaire qu'on aura la politesse de qualifier d'indécent. Il en est ainsi depuis longtemps pour les amoureux de documentaires de qualité, condamnés à l'insomnie. Pourtant à France Télévision, les choses, promet-on, vont changer. C'est la première mesure du virage éditorial annoncé par Patrick de Carolis : l'accent mis sur le documentaire, avec une dotation de 71 millions d'euros, en hausse de 11%, symbolisée par une décision d'importance : une fois par mois, France 2 diffusera un documentaire en prime time ça commence ce soir avec "l'Odyssée de la vie" de Niels Tavernier. Une première pour la chaîne, qui prend toutefois un risque mesuré. Les explications de la directrice des magazines et documentaires de la 2, Patricia Boutinard-Rouelle (interview). Au-delà de cette conception évènementielle du documentaire, fait pour rassembler le plus grand nombre, des auteurs s'inquiètent de la place et de l'argent qui restera aux chaînes du service public pour des films plus personnels. Ce qu'on appelle le documentaire de création est en grande difficulté financière, car il demande du temps, et une liberté de ton qui s'accorde mal aux canons télévisuels. Beaucoup d'auteurs travaillent quasiment sans moyens, comme Hubert Sauper, qui a mis 4 ans à réaliser « Le Cauchemar de Darwin ». Depuis, son film, qu'aucune chaîne de télé française n'a financé, a attiré 400 000 spectateurs en salles. Pour lui le plus important dans son travail c'est la liberté, celle de filmer SA vision de l'Afrique (interview). Hubert Sauper était venu au Fipa parrainer l'opération les Etoiles de la Scam, lancée par la société des auteurs multimédia. Des prix seront remis chaque année à 30 oeuvres de télévision, distinguées pour leur qualité, pour aider les auteurs à s'affranchir du formatage imposé par les diffuseurs. Car pour Ange Casta, le président de la Scam, la télévision publique, malgré ses bonnes intentions en faveur du documentaire, a très peu de marges de manoeuvre (interview). Diminuer la publicité sur les chaînes du service public, ça parait possible ? ...Et par conséquent augmenter la redevance (une des plus faibles d'Europe). Voilà des propositions pas franchement dans l'air du temps. Juste une piste de réflexion un peu utopique, pour rêver d'une autre télévision, qui serait un outil de connaissance et de culture pour tous. Un dossier de Corinne Audouin, spécialiste des médias à France Inter.

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