Le Lifeline Express fut le premier train-hôpital en circulation dans le monde. En 22 ans, il a soigné plus de 1,2 millions de personnes pauvres. Ces derniers jours, il était à l'arrêt à Latour, petite ville du centre rural de l'Inde.

Des infirmières se reposent en gare de Jalore au Rajasthan, devant le train-hôpital Lifeline Express
Des infirmières se reposent en gare de Jalore au Rajasthan, devant le train-hôpital Lifeline Express © AFP / Chandan Khanna

L'Inde a l'un des plus grands réseaux ferroviaires au monde, et cela nous permet d'atteindre des régions reculées. Et d'offrir des soins de qualité aux plus pauvres.

Anil Darse est le directeur des opérations d'un train pas comme les autres : il ne transporte pas des passagers, mais des médecins et des salles d'opération. Ces derniers jours, le traun était à l'arrêt à Latour, petite ville du centre rural de l'Inde.  

Leurs yeux sont fatigués, mais leur visage est rempli d'espoir. Des dizaines de paysans âgés, habillés de blanc et coiffés de la toque traditionnelle de l'ouest de l'Inde, patientent sous une tente, sur un quai de la gare de Latur, petite ville de l'État du Maharashtra. Devant eux, une passerelle s'élève vers la porte d'un train multicolore : c'est le Lifeline Express, le plus vieux train hôpital du monde. Tous, ici, attendent de se faire opérer de la cataracte. Atmara mori, un agriculteur de canne à sucre âgé de 65 ans, vient d'un village situé à 25 km de là. Depuis deux ans, il ne voit quasiment plus de l'œil gauche : "Je suis allé une fois dans l'hôpital de campagne, et on m'a dit qu'il faudrait faire une opération et payer un peu d'argent pour les médicaments. Mais c'était trop compliqué pour moi, et je ne pouvais pas payer. Puis une femme est venue chez nous cette semaine, et nous a expliqué qu'ils pourraient s'occuper de tout, gratuitement."

Tous les services de ce train sont offerts pendant les trois semaines de sa mission

Les sept wagons comptent un cabinet dentaire, des machines à rayons X ainsi que deux blocs pour des opérations des yeux, des oreilles et de certains cancers. Ces expéditions humanitaires sont organisées depuis 27 ans par l'association indienne Impact India, 10 fois par an dans des endroits reculés du pays. Chacune coûte environ 125 000 euros, financés par de grandes entreprises indiennes. Seulement une dizaine de personnes de l'équipe sont payés, les 40 médecins et docteurs à bord, eux, travaillent bénévolement. 

Nous montons dans le train

Seules les portes coulissantes, les lucarnes et les étroits couloirs nous rappellent que nous sommes dans un wagon. Le reste est totalement réaménagé. L'équipe médicale aligne brusquement les paysans sur un banc, les habille en toges vertes, leur met du collyre et leur fait passer des tests. Ces agriculteurs sont ébahis mais pas le temps de leur expliquer la procédure, il faut débiter. Des dizaines d'autres patients attendent. Ils sont donc entraînes vers le wagon adjacent ; c'est le bloc opératoire. Là se trouvent deux lits. Et un chirurgien, muni d'un microscope, qui opère à la chaîne. quatre minutes pour chaque patient. 

Le chirurgien Dhamendra Singh aura ainsi réalisé 113 opérations en cette seule journée. Une mission qui lui tient à cœur : "Dans ma clinique privée, je fais seulement deux ou trois opérations par jour et seulement pour les gens qui peuvent payer. Ici nous touchons les plus pauvres. Mais c'est bien plus difficile d'opérer ici, avec mon microscope, je perçois chaque mouvement du train. C'est pour cela que je mets quatre minutes par œil. Dans ma clinique, cela ne me prend que deux minutes."

Le patient de 38 ans se repose une chirurgie d'un cancer de la bouche et de la gorge à bord du Lifeline Express à une gare de l'Etat Rajasthan
Le patient de 38 ans se repose une chirurgie d'un cancer de la bouche et de la gorge à bord du Lifeline Express à une gare de l'Etat Rajasthan © AFP / Chandan Khanna

Voilà ce que ce train apporte de plus important : des médecins spécialistes totalement absents de ces endroits isolés. 

Mamta Bhushan est une neurologue du plus grand hôpital public de New Delhi. Et elle vient tous les ans, pendant ses vacances, pour mener des campagnes d'information sur l'épilepsie : "Le problème est que l'Inde compte moins 2 500 neurologues pour 1,3 milliard d'habitants. Et ces médecins se trouvent dans les six plus grandes villes, ce qui fait qu'il n'y en a pas dans les campagnes. Donc même si les gens comprennent qu'ils ont de l'épilepsie, ils ne peuvent suivre aucun traitement. Alors que pour la plupart, cela leur coûterait moins de quatre euros par mois. Ils traînent donc cette maladie depuis des années. Les enfants doivent alors arrêter l'école et les jeunes femmes ne trouvent pas de mari." 

Selon un rapport gouvernemental publié cette année, 40% des postes de spécialistes dans les hôpitaux publics indiens ne sont pas pourvus. 

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