Un reportage signé Lise Jolly, corrspondante permanente de France Inter à Berlin, en Allemagne L’Allemagne abandonne le nucléaire, fin programmée en 2022 avec la fermeture de ses 17 réacteurs. Les 8 plus vieux ne reprendront pas du service, 6 autres fermeront en 2021 et les trois plus récents seront arrêtés en 2022. C’est dans 10 ans et il va falloir remplacer le nucléaire, mais par quoi ? Ne nous y trompons pas, ce qui a été annoncé hier, c’est la sortie du nucléaire, pas le reste -pas encore. Une sortie en fait déjà décidée il y a 10 ans par le gouvernement rouge-vert de Schroeder. Angela Merkel a voulu, à l’automne dernier, retourner au nucléaire en prolongeant la vie des centrales. Cinq mois plus tard, elle a fait machine arrière devant la mobilisation anti nucléaire de la majorité de la population et après Fukushima. C’est un retour à la case départ qu’elle essaie de faire passer, pour une nouvelle conception de l’avenir énergétique de l’Allemagne. Cette manière de faire, de répondre au désir de l’opinion pour sa popularité, c’est ce que le Spiegel appelle le "Merkelismus", et ça n’est pas vraiment gentil. Déclaration d'Angela Merkel : "Nous voulons que l’électricité du futur soit plus sûre et en même temps plus fiable et naturellement, plus économique. Pour cette électricité du futur, nous devons avoir un nouveau schéma pour notre production d’énergie". - Il reste néanmois toujours une question : comment vont-ils faire ? Cela viendra après. Le plan, qui existe déjà depuis 10 ans, doit être discuté et affiné cette semaine encore, notamment avec les Länders qui sont directement concernés. Il sera présenté en entier le 6 juin prochain. Mais déjà, on peut dire que l’Allemagne ne dépend pas autant du nucléaire que la France et a largement subventionné les énergies renouvelables depuis 10 ans déjà, puisqu’elle sortait du nucléaire. Interview de Claire Demesmais, politologue L'énergie allemande, aujourd’hui, c’est 22% de nucléaire, 18% d’énergie renouvelable, 43% de centrales à charbon. Le reste, ce sont des centrales à eau et au gaz. L’Allemagne dépend davantage que nous du gaz russe. Le reste, ce sera des économies d’énergie avec l’isolation des bâtiments par exemple, pour 1 milliard et demi d’euros par an. Mais l’idée, c’est de passer à environ 40% d’énergie renouvelable en 2020 et à 65% en 2030, sans importer davantage et sans autre centrale à charbon. Et c'est aussi de remplacer la production qui existe, mais sans nucléaire. Quasiment une religion et sans débat politique ici, du moins pas comme en France. Interview d'Etienne François, historien Reste bon nombre de questions auxquelles on espère avoir la réponse : combien cela va-t-il coûter pour démanteler les centrales, trouver de nouveau site d’enfouissement dont, vous le savez, personne ne veut : construire de nouveaux réseaux de transport à partir des éoliennes et subventionner le secteur des énergies vertes ? Sans parler des émissions de C02... Quant à la possibilité de manquer de courant : "pas question" dit Angela Merkel. Déclaration d'Angela Merkel : "Nous avons le devoir de veiller à ce qu’il n’y ait de black-out en Allemagne à aucun moment. Nous avons appris de Fukushima que nous devions envisager les risques d’une autre manière et il n’est pas question de vivre avec ce risque et d’espérer qu’il n'arrivera pas, mais il faut prendre cela au sérieux car ce serait un drame pour l’Allemagne". En conclusion, sachez que l’on avance les chiffres de 3 à 4 milliards d’euros par an. La reprise est là, me direz-vous. Sachez, aussi, que le jour le plus froid de l’hiver 2009, l’Allemagne, avec 7 de ses réacteurs en maintenance, a réussi sans problème à faire face à sa demande intérieure. A suivre, donc, ce modèle allemand du « sans nucléaire ».

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