Vignes bordelaises
Vignes bordelaises ©

Alors que François Hollande inaugure la cité du vin aujourd'hui, le zoom de la rédaction pose ce matin cette question: y aura t-il encore du Bordeaux à la fin de ce siècle ? Quelles conséquences a le réchauffement climatique sur la vigne ?

Si c'est le scénario du pire qui se met en place, les amateurs de ces crus qui font la réputation de la France pourront-ils encore déguster chateau Margaux et autres Saint Émilion? Sophie Bécherel, est allée chercher la réponse sur place, auprès notamment des chercheurs.La vigne a chaud, dans le Bordelais comme ailleurs. Première conséquence, le raisin murit plus tôt. En 2003, année de la canicule, le chateau de l'Hospital démarre les vendanges le 12 aout, le Haut Brion le 13. Rétrospectivement, est-ce l'année du signal? et bien non selon Bernard Farges , président du CIVB , le Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux

La vraie rupture de la date de récolte, c'est bien le cœur des années 90

Dès cette époque, la vigne avait commencé de répondre aux efforts des vignerons pour la rendre plus précoce (par des techniques agricoles différentes). Conjuguée au réchauffement climatique de la planète, les effets sur la nature ont été plus rapides que prévus. Résultat, une augmentation d' un degré d'alcool chaque décennie pour les vins. Agnès Destrac-Irvine est ingénieur de recherche à l'INRA , l'institut de recherche agronomique.

Les raisins qui murissent sous des températures plus élevées sont plus sucrés, moins acides et moins aromatiques

Évidemment, un Bordeaux excellent mais qui ne vieillit pas bien dans la cave , ce n'est plus tout à fait un Bordeaux. Il a donc fallu réagir.François Forget est le directeur de ce vignoble de l'INRA où l'on produit du Pessac Léognan, un cru classé de Graves. Réussir à adapter les crus de Bordeaux au réchauffement climatique, cela fait partie de sa mission.

On réfléchit déjà : tout ce qui constitue les éléments de choix de la conduite de la vigne, tout doit être épluché pour éssayer de développer une capacité d'adaptation

On a d'ailleurs commencé à changer les portes-greffes (la partie racinaires de la vigne) pour en mettre des moins précoces. Et si tout cela ne suffit pas, alors, il faudra changer les cépages explique Kees Van Leween professeur de viticulture à Bordeaux sciences agro.

Le cépage phare, c'est le merlot, qui risque dans deux ou trois décennies être de moins en moins adapté au climat. On peut le remplacer par le Cabernet-Sauvignon qui est deux semaines puls tardif. Et vers 2050, envisager l'introduction du cépages qui ne sont pas originaires de la région

. Cela veut dire qu'on pense à des cépages espagnols, italiens, grecs, ou marocains.L'INRA teste justement 52 variétés sur une parcelles expérimentale depuis 2009 . Il est trop tôt pour connaitre la qualité du vin car la première récolte n'a eu lieu que l'an passé mais pour l'adaptation des plants, ça semble fonctionner. Tout de même pour l'image , le pédigrée , est-ce que de telles évolution sont envisageables? Bernard Farges , président du CIVB en est convaincu

Toutes les appellations qui fonctionnent avec l'assemblage pourraient changer plus facilement de cépage sans heurter le consommateur

Voilà, tout le monde semble d'accord. Le vin de Bordeaux passera le siècle. Dans un climat qui change, il changera lui aussi. Comme la carte des vins de France d'ailleurs puisqu'une nouvelle directive européenne permet à partir de cette année de cultiver partout, hors zone AOC et IGP.

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