A Mioveni en Roumanie, une semaine que les ouvriers de l'usine Dacia sont en grève pour obtenir une hausse des salaires. L'usine Dacia produit la Logan, grand succès commercial à travers le monde. Dacia est une fierté nationale, aujourd'hui filiale de Renault, pionnier en matière d'investissement en Roumanie et cela date de la fin des années 60. La toute première voiture Dacia fut d'ailleurs remise à Nicolae Ceaucescu, président de l'époque, une marque sur laquelle Rémus Cirstea a réalisé un mémoire lorsqu'il était étudiant en histoire à Pittesti voilà 10 ans (interview Rémus Cirstea). Des liens encore plus étroits depuis 99, où le groupe automobile français a rachété Dacia, en déboursant 500 millions d'euros pour rénover l'outil industriel, cette usine de Mioveni - petite ville du sud de la Roumanie à 120 kilomètres de Bucarest - un site destiné à produire la Logan, voiture à bas prix. Plusieurs facteurs expliquent cette installation : D'abord la proximité géographique, car cette voiture était initialement destinée aux pays dits émergents, principalement l'Europe de l'Est, avant qu'elle soit vendue dans 44 pays européens. Ensuite, des ouvriers qualifiés et surtout des salaires bas. En moyenne, le salaire mensuel en Roumanie est de 325 euros net. Argument décisif pour plusieurs grands groupes internationaux au début de l'année. Nokia a fermé son site de Bochum en Allemagne pour la transférer à Cluj, au nord de la Roumanie. Ford, ça date de 10 jours, a racheté une usine à Craiova, dans le sud du pays. Objectif : produire d'ici 2 ans une voiture à bas prix pour l'union européenne et imiter le groupe Renault qui a écoulé 230.000 Logan l'an passé, dans 44 pays européens. La Roumanie est désormais membre de l’Union européenne, ce qui a changé des choses, même s'il est encore trop tôt pour tirer un bilan car l'adhésion ne remonte qu'à janvier 2007. L’influence est claire au niveau du coût de la vie. Les explications de Ilié Serbanescu, analyste économique indépendant, précise-t-il, et ancien minstre roumain des Réformes entre 97 et 98 (interview). 450 euros brut selon la direction, 285 euros seulement répliquent les syndicats, alors que, exemple parmi tant d'autres, le litre de gasoil est à 4 léi, soit environ 1 euro 20. L'entrée dans l'UE, l'occidentalisation de la Roumanie a eu également un autre effet à écouter Ion Iordaché, l'un des leaders syndicaux de chez Dacia (interview). Ce changement de mentalité pourrait-il « refroidir » les investisseurs étrangers ? C'est l'hypothèse avancée par certains analystes, alors que des firmes comme Mitsubishi ou Daimler réfléchiraient à une implantation en Roumanie. L'issue des négociations, qui reprennent aujourd'hui, pourrait, en tout cas, les pousser à réexaminer la situation. Le directeur général de Dacia, François Fourmont, n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations, mais il a évoqué - dans une lettre ouverte - la possible concurrence du Maroc après 2010, si les exigences roumaines étaient trop élevées. Dimitriu Costin est président du BNS, le deuxième syndicat du pays (interview). Il y a quelques jours, le journal roumain "Cotidianul" avait titré "L'âge d'or des profits réalisés par les multinationales a pris fin". Reste que Bucarest semble leur faire du pied, même si le ministère de l'Economie nous a assuré n’avoir aucune stratégie pour attirer les capitaux étrangers. Cette année, le gouvernement espère privatiser plus de 280 sociétés, notamment dans le domaine de l'industrie alimentaire. Un reportage de Nour-Eddine Zidane.

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