Au Danemark, l’île de Bornholm, en plein mer Baltique, sert de laboratoire au reste du pays. Là-bas, les autorités tentent une stratégie massive de tests pour retrouver plus rapidement une vie normale.

La ville de Rønne sur l'île de Bornholm
La ville de Rønne sur l'île de Bornholm © Radio France / Julie Pietri

C’est une île aux eaux turquoises et aux falaises parfois abruptes qui sert aujourd’hui de laboratoire géant au Danemark. À Bornholm, 40 000 habitants, le test est devenu LE mot clef. Sur le campus de Rønne, par exemple, où 1 200 élèves et étudiants de 16 à 25 ans suivent des cours, un centre de test a pris racine pile au niveau de l’entrée principale. Impossible de l’ignorer. D’ailleurs c’est interdit. 

Les tests antigéniques sont analysés sur place en 15 à 30 minutes
Les tests antigéniques sont analysés sur place en 15 à 30 minutes © Radio France / Julie Pietri

Un créneau entre deux cours, un bref moment à la pause déjeuner, et les élèves s’engouffrent sous de petites tentes disposées dans le hall. Un bâtonnet dans les deux narines, deux fois par semaine, c’est obligatoire s’ils veulent pouvoir continuer à étudier. "Ce n’est pas un moment agréable", bougonne Vicus, 17 ans. "Je pense que c’est fou d’être testé deux fois par semaine et de porter un masque en plus... Mais vous vous y habituez, et c’est bien mieux de toute façon que de rester à la maison"

Un peu plus loin, Kaya, 16 ans, se dit heureuse du dispositif. 

"On est devenus la preuve que l’on peut garder les écoles ouvertes avec cette stratégie. Le reste du Danemark nous regarde et observe comment ça se passe". 

Tous les tests sont gratuits. Antigéniques, ils donnent une réponse en 15 à 30 minutes.

Sur le campus, c'est test négatif obligatoire

La reprise des cours à 100% en présentiel, Bornholm l’a tentée avant le reste du pays, qui maintient encore une partie des élèves à la maison après une longue période d’enseignement complètement à distance, depuis les fêtes de Noël. 

Luna Lundsgaard est la responsable du centre de test "Copenhague Medical" du campus."Nous avons déjà eu un étudiant positif", explique-t-elle. "La plupart d’entre nous pensons : 'De toute façon je suis pas malade' ! Et celui qui a été testé positif ne le savait pas au début. Beaucoup de personnes, particulièrement les jeunes, n’ont aucun symptôme. S’ils sont encore là, on leur dit discrètement 'tu es positif, mets des gants, rentre chez toi, isole-toi et tu seras contacté par les services de santé. L’épidémie ne peut plus se propager'". 

"Cette stratégie de tests a été une demande du gouvernement", précise Inge Prip, la directrice de Campus Bornholm. "Personne n’a le droit d’entrer sur le campus sans un résultat négatif. Le personnel, les enseignants, les étudiants ... Nous nous sentons tous ainsi plus en sécurité".

11 centres de tests sont à la disposition des 40 000 habitants de l'île
11 centres de tests sont à la disposition des 40 000 habitants de l'île © Radio France / Julie Pietri

L’attestation avec la mention "Covid Négatif" est devenue sur l’île un accessoire indispensable pour tous. Impossible d’entrer à Bornholm ou d’en sortir sans un résultat de moins de 72h. Pour aller chez le coiffeur, il faut un test négatif. Idem pour se rendre par exemple dans un institut de beauté ou chez un tatoueur. Tous ces commerces ont pu, avec ce système, ouvrir plus tôt que dans le reste du Danemark. 

Thomas Thors, le maire de Bornholm, rit franchement en se souvenant des premières réactions, début mars."Nous avons fait l’objet de blagues ! J’ai vu le dessin satirique d’un énorme bateau, un ferry, avec plein de gens chevelus à bord qui disaient "Nous allons à Bornholm nous faire couper les cheveux !". Plus sérieusement, il rappelle que Bornholm est une île très touristique. "On peut accueillir les touristes maintenant ! Ils arrivent dans une zone où la Covid est moins répandue qu’ailleurs au Danemark".

Bornholm, l'île sûre : un argument touristique

Bornholm, l’île sûre. C’est au final devenu un argument commercial pour la saison touristique qui débute traditionnellement à Pâques. Venez, vous serez ici en sécurité. "Il faut dire que c’est vital pour nous : l’île dépend du tourisme", ajoute Frédérique Bellec, Française et guide touristique sur place, qui n’a plus vu de bateaux de croisière mouiller ici depuis un bail. "Normalement on a 600 000 visiteurs par an pour 40 000 habitants. Ça fait vraiment beaucoup, vous imaginez ? On espère vraiment tous que le fait de tester les gens massivement nous permettra d’avoir une saison normale cette année". La condition ? Le test bien sûr ! Une fois pour un séjour d’une semaine. Deux pour 2 semaines, etc. 

Un exemple pour le reste de l'Europe ?

"Je suis sûre aujourd’hui que c’est la bonne stratégie", analyse Annemarie Hellebeck, la directrice de l’hôpital de Bornholm. Il y a eu des moments tendus par le passé, mais la réouverture des écoles et des commerces n’a pas abouti à une hausse incontrôlée des cas. "Nous n’avons aucun patient Covid à l’hôpital actuellement et nous n’avons pas eu à annuler des rendez-vous pour nos patients chroniques depuis un moment. Grace à cette stratégie, on peut surveiller les résultats et anticiper le nombre de patients qui vont arriver. Alors oui, je considère que l’expérience que nous menons ici peut être un exemple pour le reste de l’Europe". Pour le reste du pays, déjà, qui espère avoir vacciné toute sa population, près de 6 millions d’habitants, d’ici la fin de l’été. 

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