Le pont de Gênes se relève 15 mois après s’être écroulé à l’image de la ville italienne qui cherche des investisseurs pour sortir de la crise. Gênes veut développer son port l’un des plus grands de la Méditerranée en s’ouvrant davantage aux investissements chinois pour profiter à plein des nouvelles routes de la soie

Les lettres rouges de Genova s’affichent au cœur de la ville historique sur la Piazza De Ferrari avec ses fontaines et ses palais néo-classiques
Les lettres rouges de Genova s’affichent au cœur de la ville historique sur la Piazza De Ferrari avec ses fontaines et ses palais néo-classiques © Radio France / Bruce de Galzain

Gênes ne cesse de perdre des habitants depuis la fin de la seconde guerre mondiale, de 800.000 la population de la ville est passée à 575.000 en 2019 soit un tiers d’habitants en moins. Pour lutter contre cette inquiétante et incessante baisse de la démographie et pour sortir de la crise économique de 2008 (Gênes n’a toujours pas retrouvé son PIB par habitant d’avant 2008), la ville cherche à être plus attractive pour convaincre les investisseurs. 

Elle s’est fait un point d’honneur à reconstruire rapidement le pont Morandi écroulé il y a 15 mois. Pour l’instant la ville est dans les temps. Le nouveau pont devrait être terminé en avril 2020.

 Le futur pont enjambera la zone située entre les grues et les premières piles puis la voie ferrée pour atteindre le quartier rasé que l’on distingue sous la bretelle d’autoroutes
Le futur pont enjambera la zone située entre les grues et les premières piles puis la voie ferrée pour atteindre le quartier rasé que l’on distingue sous la bretelle d’autoroutes © Radio France / Bruce de Galzain

Depuis l’écroulement du pont, l’activité économique de la ville a baissé. Gênes accueille 16 millions de touristes chaque année mais ce ne fût pas le cas l’an dernier. Même si Elvio, chauffeur de taxi depuis 40 ans, n’a pas senti de réel impact en tous cas sur sa propre activité, "la ville ne s’est pas arrêtée après la tragédie et je n’ai pas perdu de clientèle" dit-il "on a même vu des étrangers qui peut-être - en tous cas j’ai envie de le croire - sont venus par solidarité à Gênes pour connaître la ville et ça m’a fait vraiment plaisir !" lâche Elvio un peu ému mais confiant pour sa ville.

Nos infrastructures sont trop vieilles, elles sont obsolètes.

Sans le pont, le port de Gênes ne peut se développer. Le trafic global du port (marchandises, conteneurs, touristes) a baissé de 3,7% au 1er semestre 2019 par rapport à la même période l’an dernier. Il manque à la ville des infrastructures modernes regrette le vice-président de la Chambre de commerce de Gênes, "les dernières voies ferrées ont été réalisé à la fin du 19e siècle, pour les autoroutes les dernières datent des années 70" lance Massimo Giacchetta. Il est convaincu que la chute du pont Morandi peut être l’élément fédérateur qui relancer la ville, "maintenant il faut réaliser les travaux que nous attendons depuis trop longtemps !"

Le port de Gênes, poumon économique de la ville

Le gouvernement, la région, la ville et les acteurs économiques ont déjà le Terzo Valico, la ligne ferroviaire qui sera creusée dans la montagne entre Gênes et Milan et devrait être terminée dans 4 ans. Il manque en revanche l’aval officiel des autorités pour la construction de la Gronda autostrada, une nouvelle bretelle et 50 kilomètres d’autoroutes le long de la côte qui faciliteront la circulation à l’intérieur et à l’extérieur de Gênes. Lorsqu’il sera validé, il faudra 10 ans pour terminer le chantier. 

Le port de Gênes s’étend sur 27 kilomètres, il veut être la porte d’entrée en Europe des porte-conteneurs qui arrivent du canal de Suez
Le port de Gênes s’étend sur 27 kilomètres, il veut être la porte d’entrée en Europe des porte-conteneurs qui arrivent du canal de Suez © Radio France / Bruce de Galzain

Si les infrastructures ferroviaires et routières suivent bel et bien, le port de Gênes pourra davantage attirer les investisseurs étrangers et notamment chinois. Car Gênes compte profiter des nouvelles routes de la soie qui permettent de rejoindre la Chine à l’Europe. L’autorité portuaire va agrandir le port pour que les gros navires chinois puissent décharger leurs marchandises. 

Le maire de Gênes semble avoir le business dans le sang, il a été élu maire il y a 2 ans sur une liste qui rassemblait aussi la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi. Marco Bucci venait à peine de rentrer de prés de 20 ans d’expatriation aux Etats-Unis où il dirigeait une entreprise pharmaceutique. Pour le maire, "ce qui compte c’est le client et c’est comme cela que l’on gagne !" Marco Bucci ne veut exclure personne et surtout pas les chinois, "les hommes d’affaires viennent de la Chine notamment avec leurs marchandises et passent par le canal de Suez pour entrer dans la Méditerranée" explique le maire de Gênes qui se félicite que "le Port de Gênes soit le mieux placé" pour entrer en Europe.

La Chine n’est pas une menace c’est une opportunité !

Et Marco Bucci insiste "ça n’existe pas les menaces, il n’y a que des opportunités et ce serait choquant de ne pas profiter» en référence aux inquiétudes européennes devant l’expansionnisme chinois. Mais le maire n’en a que faire «on doit en profiter pour avoir une économie riche sur tout le territoire c’est ça notre objectif !". 

Certes il ne s’agit pour l’instant que d’investissements chinois dans des infrastructures, la Chine ne devient pas propriétaire d’une partie du port. Mais COSCO, le premier armateur chinois public, a déjà un terminal du port en concession et la Chine a signé avec en mars dernier l’ancien gouvernement italien un accord bilatéral sur les nouvelles routes de la soie, le premier et le seul avec un pays du G7 et un pays fondateur de l’Union européenne ce qui a irrité Paris et Berlin inquiets de la concurrence chinoise et du cavalier seul de l’Italie.  

Un terminal du port de Gênes avec ses grandes grues prêtes à accueillir de gros porte-conteneurs venant notamment des nouvelles routes de la soie.
Un terminal du port de Gênes avec ses grandes grues prêtes à accueillir de gros porte-conteneurs venant notamment des nouvelles routes de la soie. © Radio France / Bruce de Galzain

Si Gênes a besoin d’investissement étrangers, "elle ne doit pas se retrouver seule face à la Chine" estime le professeur d’Economie politique à l’Université de Gênes Maurizio Conti pour qui "Gênes a besoin de s’ouvrir aux capitaux étrangers et étranger à Gênes ça veut dire Milanais !" 

Quand on négocie avec un géant comme la Chine, il faut que cela se fasse au niveau européen 

Maurizio Conti rappelle que la donne politique a changé et qu’un nouveau gouvernement pro-européen dirige désormais l’Italie et pense donc "qu’il y aura un rapprochement avec les positions des principaux pays fondateurs"

Et déjà les acteurs économiques de la ville ont changé de discours  beaucoup affirment dorénavant que Gênes et l’Italie ne peuvent pas gérer seuls les investissements de la Chine et doivent prendre en considération les inquiétudes des pays voisins.

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