La petite île d'Astypalea, dans le Dodécanèse, se veut un laboratoire de la transition verte et de la décarbonisation en Europe. Véhicules électriques, énergie solaire et éolienne, Astypalea abandonne sa dépendance au pétrole.

L'île grecque d'Astypalea veut être un laboratoire vert en Europe, l'éolien et le photovoltaïque remplaceront le pétrole, les véhicules vont devenir électriques
L'île grecque d'Astypalea veut être un laboratoire vert en Europe, l'éolien et le photovoltaïque remplaceront le pétrole, les véhicules vont devenir électriques © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Astypalea, 1 300 âmes, une petite île grecque du Dodécanèse, célébrée par le Premier ministre grec comme un rouage essentiel pour résoudre l'urgence climatique mondiale. Une scène surplombant les eaux turquoises de la mer Egée dominées par la colline et sa citadelle vénitienne... Un cadre idyllique pour lancer le projet visant à faire de l’île un laboratoire de la décarbonisation en Europe. Aux côtés du patron de Volkswagen, Kiriakos Mitsotakis est venu début juin à Astypalea pour confirmer le soutien du gouvernement aux projets de la municipalité : électricité verte, véhicules électriques, ou autonomes… 

Une borne de recharge pour les véhicules électriques sur l'île grecque d'Astypalea
Une borne de recharge pour les véhicules électriques sur l'île grecque d'Astypalea © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Sur la jetée du petit port de Maltezana au sud de l’île, le capitaine Antonis attend de voir quelle forme prendra ce laboratoire vert, mais il a une certitude : la planète souffre. Il soupire :

La nature, elle a sonné l’alarme depuis bien des années, mais malheureusement nous n’y prêtons pas attention.

"On a de plus en plus de pluies, violentes et soudaines, et les températures qui montent, les vents : avant ils étaient plus doux, maintenant ce sont de vraies bourrasques. Et le poisson, c'est pareil... on en avait davantage autrefois. Mais avec tous ces changements, le réchauffement, la pollution et la surpêche", poursuit-il.

Antonis Anastasiou, capitaine sur les bateaux traditionnels en bois à Astypalea
Antonis Anastasiou, capitaine sur les bateaux traditionnels en bois à Astypalea © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Alors ce projet d’énergie solaire et éolienne, Antonis l’approuve. A condition, ajoute-t-il, qu’il ne défigure pas notre île. Des panneaux photovoltaïques, oui, mais des éoliennes, pas question. Le débat agite Astypalea et même la Grèce abonde Giannis Koufalitakis. Cet ingénieur d'Athènes est tombé amoureux de l’île il y a de longues années et s'y échappe dès que possible. "Il y a un débat en Grèce en ce moment", explique-t-il. "Va-t-on détruire nos montagnes avec des éoliennes ? C'est très facile de prendre les petits ilots inhabités, les rochers, et de les recouvrir d'éoliennes, mais il y a des oiseaux qui y vivent, des phoques, tout un monde que nous devons préserver. Mais il paraît qu'à Astypalea il n'y aura qu'une éolienne.'"

Une seule éolienne

Dans sa petite mairie qui domine la baie, le maire confirme : une seule éolienne, pour alimenter la future centrale électrique hybride. L’essentiel de l'énergie viendra du soleil avec les panneaux photovoltaïques. Mais la révolution verte s’impose alors que l’île consomme plus de 8 tonnes de pétrole chaque jour pour son énergie. 

Constantinos Giannaros, l'un des ingénieurs qui travaillent sur le projet
Constantinos Giannaros, l'un des ingénieurs qui travaillent sur le projet © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Plus de 65% des besoins seront couverts par le photovoltaïque. Kostantinos Giannaros travaille sur le sujet. Il nous a donné rendez-vous sur les hauteurs d’Astypalea, battues par les vents, d’où l’on embrasse une vue à couper le souffle. Eaux turquoises de la mer Egée, collines hérissées de petites maisons blanches et, assure-t-il en souriant, 365 jours de soleil par an… "Produire notre électricité sans avoir recours au diesel, c’est très important, pour nous les locaux mais aussi pour les touristes et pour montrer aux autres qu’une petite île, un petit territoire peut être autosuffisant avec ces énergies vertes. Mais juste pour couvrir nos besoins, il ne s’agit pas de nous transformer en usine pour alimenter les autres îles avec des éoliennes".

Des véhicules autonomes

Astypalea vise l'indépendance énergétique. Plus de 80% des besoins de l’île devraient être couverts à l’horizon 2026, les factures réduites et les émissions de CO2 en baisse de 70%. Non loin de là, le petit îlot de Tilos face aux côtes turques a, lui, déjà basculé en renouvelable, avec la première centrale électrique hybride de Grèce. 

Nikolas Komineas, Maire d'Astypalea
Nikolas Komineas, Maire d'Astypalea © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Mais pour le maire d’Astypalea, Nikolas Komineas, le projet que porte son île va bien au-delà de l’énergie. Il est passionné par les nouvelles formes de mobilité : "C’est un projet holistique qui regroupe tout", s'enflamme-t-il. "Nous allons remplacer toute la flotte de voitures et scooters par des véhicules électriques, nos transports publics vont être électriques et sur demande, grâce à une application sur smartphones, on pourra commander sa navette. Il n’y aura plus d’arrêt de bus ni besoin d’attendre. Mais nous aurons aussi des voitures autonomes, nous serons à Astypalea le 1er endroit au monde ! Les nouvelles technologies doivent aller de pair dans l’avenir avec la manière traditionnelle de vivre sur l’île, avec notre écosystème si nous voulons que cette planète soit vivable pour les futures générations".

Les garde côtes d'Astypalea roulent déjà en véhicules électriques
Les garde côtes d'Astypalea roulent déjà en véhicules électriques © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Les véhicules électriques, c’est la grande affaire à Astypalea. Le patron de Volkswagen, partenaire du gouvernement grec, a déjà livré les premiers véhicules électriques. Le géant allemand de l'automobile entend redorer son image après les scandales des moteurs diesel truqués. Quant au gouvernement grec, il entend multiplier ces exemples d’îles vertes et autonomes dans l’archipel. Prochaine sur la liste, Chalki, à l’ouest de Rhodes, avec des fonds européens et un partenariat avec Citroën, constructeur également soucieux de verdir son image.

Une ruelle sur l'île d'Astypalea
Une ruelle sur l'île d'Astypalea © Radio France / Marie-Pierre Vérot
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