Le feuilleton de la France, épisode 4 - Chaque mois, pendant toute une semaine jusqu'à la présidentielle, nous allons sur le terrain écouter les Français parler de ce qui - à leurs yeux - mérite le débat. Aujourd'hui : direction Oléron.

Le port de la Cotinière risque d'être impacté par le parc éolien
Le port de la Cotinière risque d'être impacté par le parc éolien © Radio France / Célia Quilleret

Des éoliennes, oui, mais pas n'importe où, et surtout pas ici, dans un parc naturel marin ! Voilà, en substance, le cri de colère des Oléronais, bien décidés à se battre contre un projet d'une soixantaine d'éoliennes, au large de la côte sauvage, à l'ouest de l'île. Qu'ils soient pêcheurs, défenseurs de l'environnement ou élus, tous refusent ce projet industriel, même s'il est nécessaire à la transition écologique.

"Paysage bousillé"

Le paysage est superbe, en ce jour de décembre. Un ciel d'orage, des plages de sable à perte de vue, des dunes sauvages et au loin, un horizon totalement vierge et dégagé. D'habitude, Nicolas Sinodinos surfe sur les vagues de cette côte sauvage, qu'il compare volontiers aux plages d'Hawaï. Aujourd'hui, cet enfant du pays, doudoune sur le dos, regarde la marée basse avec inquiétude. "Le paysage va être bousillé, foutu, par un projet industriel avec des tailles d'éoliennes de 260 mètres de haut", insiste-t-il.

Pour lui, il sera "complètement impossible de les rendre invisibles le soir venu". Et il ajoute, désespéré : "Le clignotement attire l'œil, tous les gens qui viennent voir le coucher de soleil, c'est un rituel ici, c'est terminé". Et en effet selon lui, ce parc éolien ressemblera davantage à une "centrale électrique, avec des câbles de raccordement qui vont labourer le fond marin et avec une biodiversité à couper le souffle".

Nicolas Sinodinos est désormais engagé dans le collectif NEMO, opposé au projet d'éoliennes en mer
Nicolas Sinodinos est désormais engagé dans le collectif NEMO, opposé au projet d'éoliennes en mer © Radio France / Célia Quilleret

L'inquiétude des pêcheurs

"Regardez tous ces bateaux, ils ne pourront pas s'exporter ailleurs. Ils sont voués à disparaître à cause de ce parc éolien !"

Le "fruit du labeur", connu avec sa tête de mort, et "Yoyo le majoub, celui qui a racheté un bateau pour son fils", "ce sont des jeunes qui ont moins de 30 ans", regrette-t-il. À bord du Murex, le bateau de Rémi Baheux, ce jeune marin cherche du poisson et des crustacés qui vivent dans les fonds rocheux. Or "le parc éolien sera massivement dans les roches", s'inquiète-t-il, et "depuis qu'on a commencé, c'est 80% de notre zone de pêche qui est en plein dans les éoliennes".

"Pourquoi alors mettre en danger la pêche artisanale quand on a des centrales nucléaires?", ou encore "à quels industriels profitent ces éoliennes?", voilà des questions qui tournent en boucle parmi les pêcheurs, angoissés pour l'avenir du premier port de Charente-Maritime.

Au port de la Cotinière, Johnny Wahl (à gauche) discute avec les jeunes marins pêcheurs
Au port de la Cotinière, Johnny Wahl (à gauche) discute avec les jeunes marins pêcheurs © Radio France / Célia Quilleret

Débat public

Et même les défenseurs de l'environnement multiplient les arguments. Yves Vérilhac, le directeur général de la Ligue de protection des oiseaux, est favorable aux éoliennes. Mais pas partout. Et surtout pas ici, dans un couloir de migration des oiseaux. "On sait très bien que 80 à 90% de la casse que nous avons sur les oiseaux et sur les chauves-souris, ça tient principalement à l'emplacement des parcs", s'insurge-t-il. Et en effet cette zone à enjeu européen paraît mal choisie de ce point de vue de la protection de la biodiversité.

"Vous savez qui sont les pires détracteurs des énergies renouvelables ? Ce sont ceux qui les développent très mal".

En face, le président du débat public, le géographe et universitaire à la retraite Francis Beaucire, n'a jamais vu un tel tollé. Il est bien obligé de le constater : "Il n'y a absolument personne pour défendre cette zone, on a même entendu que c'était le pire endroit". Or selon lui, la solution est de voir un peu plus loin et "de se projeter à 10 ans, lorsque la construction du parc devra être achevée, en principe". "Peut-être que ce projet d'éoliennes posées sera totalement obsolète", se demande-t-il. Pour lui, on demande sans doute aux Oléronais de se positionner sur un projet qui aura mal vieilli. Pour lui, il "faudrait carrément réfléchir à un projet d'éoliennes flottantes, qui pourraient être beaucoup plus au large". Et il admet, un brin gêné, "moi qui suis fonctionnaire, ça me fait mal de dire que l'Etat a un train de retard, mais là je pense, oui".

Pourquoi alors ne pas pousser les éoliennes encore plus loin, au large, pour éviter ce vent de colère contre des énergies renouvelables indispensables à la transition énergétique de la France ? Tous ces arguments seront écrits noir sur blanc dans les conclusions du débat public qui se termine fin février. Le futur gouvernement devra prendre une décision cet été. Sur l'île, certains habitants, mobilisés, gardent espoir. Ils espèrent que leur révolte sera utile. Ils sont bien décidés à maintenir la pression sur les candidats à la présidentielle.

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