Ludovic Piedtenu, correspondant de France Inter en Allemagne, nous invite à visiter Göttingen, l'une des plus belles villes du pays avec ses rues d'un autre temps épargnées par les bombardements et sa population accueillante chantée par Barbara.

Göttingen (Basse-Saxe) offre un voyage dans le temps à l'époque médiévale avec ses maisons à colombages
Göttingen (Basse-Saxe) offre un voyage dans le temps à l'époque médiévale avec ses maisons à colombages © Radio France / Ludovic Piedtenu

Göttingen se situe au cœur de l’Allemagne, en Basse-Saxe, à mi-chemin entre Bonn et Berlin. Nos deux guides allemandes et parfaitement francophones, Helga Rebischke et Annette Casasus, y habitent depuis qu'elles y ont fait leurs études. La visite commence sur la place du marché cernée par des maisons à colombages et l'ancien hôtel de ville construit il y a 750 ans. Au centre, l'emblème de la ville : la Gänseliesel, une fontaine surmontée d'une statue représentant une fillette du nom de Liesel (Lise) avec une oie. Cette gardeuse d'oie a la réputation d'être la fille la plus embrassée du monde.

"Quand un étudiant obtient son doctorat, il vient sur cette place centrale à bord d'un chariot décoré pour l'occasion, entourée par ses proches et ses camarades d'université", explique Helga.

Nos deux guides Helga Rebischke (de face) et Annette Casasus (de dos) au pied de la Gänseliesel, symbole de Göttingen
Nos deux guides Helga Rebischke (de face) et Annette Casasus (de dos) au pied de la Gänseliesel, symbole de Göttingen © Radio France / Ludovic Piedtenu

"La tradition veut que le jeune Docteur monte sur la fontaine, qu'il embrasse la statue et qu'il lui dépose un bouquet de fleurs", poursuit Annette.

D'emblée, nous assistons à une cérémonie qui prouve le statut de "ville universitaire" (Universitätsstadt) de Göttingen dont la vie est fortement influencée depuis 1737 par l'Université Georg-August qui attire des étudiants du monde entier (plus de 100 nationalités) et qui en fait une ville très ouverte et accueillante, une ville du savoir fière de ses 40 Prix Nobel et bien d'autres inventeurs de génie. "Sur 120 000 habitants, il faut compter 30 000 étudiants et tout le personnel enseignant et administratif donc la faculté en tout représente plus de la moitié de la population de la ville", estime Annette.

Jusqu'en 1933, on enfermait les étudiants coupables de petits délits dans des cellules situées dans le bâtiment principal de l'Université. La visite du Karzer vaut le détour. Helga nous raconte que passer quelques jours dans ce cachot était même devenu une sorte de fierté pour les étudiants. 

Capitale mondiale des mathématiques

Ici, tout se visite très facilement à pied ou à vélo. On peut se rendre par exemple à l'Observatoire où Carl Friedrich Gauß et Wilhelm Eduard Weber ont, en 1833, construit le premier télégraphe électromagnétique en tendant des fils de cuivre à partir de cet endroit jusqu'à un autre bâtiment de la ville et parviennent à envoyer le premier télégramme de l'histoire.   

L'observatoire de Göttingen
L'observatoire de Göttingen © Radio France / Ludovic Piedtenu

"Ils ont réussi la première transmission de données, c'est la base de nos smartphones aujourd'hui, s'enthousiasme Helga. Göttingen était la capitale mondiale des mathématiques !"

Göttingen est aussi la ville des contes de notre enfance, ceux des Frères Grimm. C’est aussi un voyage dans le temps à l’époque médiévale avec ses maisons à colombages, certaines bien plus décorées que d'autres. Un signe de puissance et de richesse à l'époque. L'une des plus belles, Junkernhaus, se trouve Barfüßerstraße 5.

Pour déconnecter de cet environnement très urbain, ne manquez surtout pas le magnifique jardin botanique fondé en 1736 avec plus de 10 000 espèces de plantes sur cinq hectares. Et partout dans la ville, des rosiers. 

"Dieu que les roses sont belles" chantait Barbara

L'une de nos deux guides, Annette Casasus, se trouve être la traductrice en allemand des mémoires de Barbara "Il était un piano noir..." ("Es war einmal ein schwarzes Klavier..." - Ed. Wallstein) dont la chanson « Göttingen » est devenue des années plus tard un symbole de la réconciliation entre la France et l’Allemagne. En 2003, à Berlin, pour le 40ème anniversaire du traité de l'Elysée (traité de coopération franco-allemand), l'ancien chancelier Gerhard Schröder aux côtés de l'ancien président Jacques Chirac mentionne la chanson dans son discours. 

Au cinéma Lumière, une plaque rappelle que Barbara a écrit la chanson Göttingen lors de son premier voyage dans la ville en juillet 1964
Au cinéma Lumière, une plaque rappelle que Barbara a écrit la chanson Göttingen lors de son premier voyage dans la ville en juillet 1964 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Annette nous conduit à l'ancien "Junges Theater" devenu depuis le cinéma Lumière où nous faisons la connaissance de l'une de ses responsables, Anna Fuhry, qui nous accueille les bras ouverts et partage ses souvenirs. C'est ici, sur cette petite scène devant une centaine de spectateurs, que Barbara a donné son premier concert en Allemagne.

La petite salle (actuellement en rénovation) du cinéma Lumière, anciennement Junges Theater, où Barbara se produit le 4 juillet 1964
La petite salle (actuellement en rénovation) du cinéma Lumière, anciennement Junges Theater, où Barbara se produit le 4 juillet 1964 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Le directeur de l'époque, Hans-Gunther Klein, a découvert Barbara sur scène à Paris. Il a essayé à plusieurs reprises de la faire venir à Göttingen. Mais en raison de ses origines juives, de la souffrance vécue pendant la guerre, d'une jeunesse marquée par des déménagements successifs pour fuir les Nazis, Barbara vivra même cachée pendant près de deux ans. De son vrai nom, Monique Andrée Serf (1930-1997) ne voulait pas se produire outre-Rhin.

Annette Casasus, intarissable, poursuit son récit.

En 1964, la guerre n'était pas encore si loin, les réticences de Barbara me semblent parfaitement compréhensibles. Elle a vécu l'angoisse de la persécution.

Le cinéma Lumière, anciennement Junges Theater. Derrière ce bâtiment, se trouve le petit jardin où Barbara a composé la chanson "Göttingen".
Le cinéma Lumière, anciennement Junges Theater. Derrière ce bâtiment, se trouve le petit jardin où Barbara a composé la chanson "Göttingen". © Radio France / Ludovic Piedtenu

Finalement, la chanteuse accepte de venir pour une seule représentation à condition qu'elle puisse s'accompagner d'un piano à queue. Le concert a bien failli ne jamais avoir lieu. Il commence avec beaucoup de retard, faute de piano à queue que les habitants finissent par trouver chez une voisine. Cette mobilisation, cette gentillesse, cette ambiance chaleureuse et accueillante surprennent Barbara qui prolonge son séjour à Göttingen et écrit dans le jardin du théâtre ce qui deviendra l'une de ses plus célèbres chansons.

Annette Casasus (à gauche) et Anna Fuhry (à droite) dans ce qu'il reste du jardin (bien plus beau à l'époque) où Barbara a écrit la chanson "Göttingen"
Annette Casasus (à gauche) et Anna Fuhry (à droite) dans ce qu'il reste du jardin (bien plus beau à l'époque) où Barbara a écrit la chanson "Göttingen" © Radio France / Ludovic Piedtenu

Elle reviendra se produire dans une autre salle de la ville, plus grande, la Stadthalle, le 4 octobre 1967. France Inter y était et Barbara raconte : 

J'ai été tellement émerveillée, d'abord par la ville qui est très, très, très belle ; en été, elle était d'autant plus belle que tout était fleuri, c'était un immense jardin. Et surtout, parce que j'ai été très, très émue par l'accueil que j'ai trouvé ici à Göttingen.

BONUS : la chanson "Göttingen" - Barbara

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Bien sûr, ce n'est pas la Seine  Ce n'est pas le bois de Vincennes  Mais c'est bien joli tout de même   À Göttingen, à Göttingen  Pas de quais et pas de rengaines  Qui se lamentent et qui se traînent   Mais l'amour y fleurit quand même  À Göttingen, à Göttingen

Ils savent mieux que nous, je pense  L'histoire de nos rois de France  Herman, Peter, Helga et Hans à Göttingen
Et que personne ne s'offense  Mais les contes de notre enfance  "Il était une fois" commence à Göttingen

Bien sûr nous, nous avons la Seine  Et puis notre bois de Vincennes  Mais Dieu que les roses sont belles  À Göttingen, à Göttingen  Nous, nous avons nos matins blêmes  Et l'âme grise de Verlaine   Eux c'est la mélancolie même  À Göttingen, à Göttingen

Quand ils ne savent rien nous dire  Ils restent là à nous sourire  Mais nous les comprenons quand même  Les enfants blonds de Göttingen  Et tant pis pour ceux qui s'étonnent  Et que les autres me pardonnent  Mais les enfants ce sont les mêmes  À Paris ou à Göttingen

Ô faites que jamais ne revienne  Le temps du sang et de la haine  Car il y a des gens que j'aime  À Göttingen, à Göttingen  Et lorsque sonnerait l'alarme  S'il fallait reprendre les armes  Mon cœur verserait une larme  Pour Göttingen, pour Göttingen

Mais c'est bien joli tout de même  À Göttingen, à Göttingen  Et lorsque sonnerait l'alarme
S'il fallait reprendre les armes  Mon cœur verserait une larme  Pour Göttingen, pour Göttingen

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