La Guinée est assise sur l’une des plus grandes réserves de bauxite, le minerai utilisé pour l’aluminium, alors que la population est plongée dans une grande pauvreté. C’est la raison avancée par les putschistes pour s’emparer du pouvoir qu’ils jugeaient corrompu et illégitime.

A Conakry où la population a salué le coup d'état du 5 septembre dernier
A Conakry où la population a salué le coup d'état du 5 septembre dernier © Radio France / Omar Ouahmane

Dans les rues de Conakry, les portraits du nouvel homme fort du pays, le  colonel Mamady Doumbouya, côtoient ceux d’Alpha Condé, chassé par le  coup d’État du 5 septembre dernier. Une date que Camara, un jeune diplômé au chômage, n’est pas prêt d’oublier :

"Les gens pensent que c’est un coup d’État mais ce n’est pas un coup  d’État, c’est la liberté. Ils ont tout volé et nous on souffre ! C’est  la libération totale !"

Une affiche de l'ancien président Alpha Condé
Une affiche de l'ancien président Alpha Condé © Radio France / Omar Ouahmane

"Ils se servent dans les caisses comme si c’était leur argent"

Une libération après des mois de contestation contre le troisième mandat d’Alpha Condé, fruit d’un tripatouillage de la Constitution. Un passage en force balayé par les militaires qui ont promis de mettre fin à la  corruption et au clientélisme qui gangrènent la Guinée depuis des  décennies. Hadja Diallo est fonctionnaire au sein du ministère de l’Economie et des finances, elle a été témoin des malversations et autres détournements de fonds :

"Ils se servent dans les caisses comme si c’était leur argent. Ils font tout ce qu’ils veulent dans la Banque Centrale. Le gouvernement, du  premier au dernier, tous, ils se remplissent les poches au détriment de toute la population."

Le nouvel homme fort de Guinée, le colonel Mamady Doumbouya
Le nouvel homme fort de Guinée, le colonel Mamady Doumbouya © Radio France / Omar Ouahmane
Affiche à l'effigie de l'ancien président Alpha Condé
Affiche à l'effigie de l'ancien président Alpha Condé © Radio France / Omar Ouahmane

Symbole de cette mauvaise gouvernance, le réseau routier est dans un état chaotique. Pour désenclaver le pays, les anciennes autorités se sont lancées dans des chantiers titanesques dans le cadre d’un accord avec la Chine, partenaire privilégié de la Guinée. Il y a par exemple une route qui devait relier la banlieue de Conakry au centre du pays, soit 370 kilomètres de bitume. Lancés il y a bientôt trois ans, les travaux n’ont jamais vraiment commencé. La piste de terre cabossée est  empruntée chaque jour par des milliers de véhicules dans un nuage de poussière rougeâtre.

Une des principales routes de Guinée qui relie Conakry au centre du pays, un calvaire pour les usagers
Une des principales routes de Guinée qui relie Conakry au centre du pays, un calvaire pour les usagers © Radio France / Omar Ouahmane

Colère décuplée dans les régions minières

Boké, ville de 100 000 habitants à l’ouest du pays, abrite 14 sociétés  minières dont sept en exploitation. Chaque soir, Boké est plongée dans l’obscurité, entre pénuries d’eau et d’électricité. Un scandale régulièrement dénoncé par les jeunes dont la très grande majorité est au  chômage. Pour Yakara, 34 ans, qui n’a jamais véritablement travaillé  depuis la fin de ses études, c’est ce qui pousse certains jeunes à risquer leur vie sur les routes de l’immigration clandestine :

"En 2017, 2018, nous sommes descendus dans la rue et on a tout cassé mais  ça n’a rien changé. De nombreux jeunes ont choisi de vivre ailleurs,  dans d’autres pays africains et même en Europe."

Les populations locales réclament également le respect des mesures environnementales. Les habitants se plaignent régulièrement de problèmes respiratoires dues à l’exploitation de la bauxite qui est à l’origine  de la pollution de l’air, mais aussi des cours d’eau ou des sols de  moins en moins fertiles selon Awa Camara, représentante des femmes du village de Dabis, coincé entre une carrière de granit et une mine de  bauxite :

"Le plus dangereux c’est le dynamitage, ça peut nous tuer. Les roches  sont projetées jusqu’ici. A chaque explosion, on est obligé de  s’éloigner, on a peur. Ça fait beaucoup de bruit. On ne perçoit pas les  retombées économiques de l’exploitation de ces mines, rien du tout. On  ne voit que les aspects négatifs, nos cours d’eau sont à sec ou pollués,  nos forêts sont saccagées. Avant l’arrivée des sociétés minières, on  pouvait aller cueillir nos fruits et les vendre au marché, aujourd’hui,  tout ça c’est fini à cause de la déforestation."

Les Guinéens s’en remettent désormais à la junte militaire au pouvoir à Conakry qui a promis une meilleure redistribution des richesses du pays et une intensification de la lutte contre la corruption.

Des habitants de Boké à proximité d'une mine de bauxite
Des habitants de Boké à proximité d'une mine de bauxite © Radio France / Omar Ouahmane
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