L'Arctique se réchauffe deux à trois fois plus vite qu'ailleurs. À Longyearbyen, le village le plus au nord du monde, situé au Spitzberg, l'île principale de l'archipel norvégien du Svalbard, les habitants ont un avant-goût de ce qui attend le reste du monde.

À Longyearbyen, des barrières anti-avalanches ont été installées sur la montagne Sukkertoppen après une avalanche mortelle en 2015.
À Longyearbyen, des barrières anti-avalanches ont été installées sur la montagne Sukkertoppen après une avalanche mortelle en 2015. © Radio France / Sandy Dauphin

Au bord du fjord Adventfjorden, devant la petite commune de Longyearbyen, Martin, guide touristique rentre les kayaks pour l’hiver, avant l’arrivée de l'arrivée de la nuit polaire. Dans quelques semaines, il sortira les motoneiges pour faire découvrir aux touristes les paysages blancs et immaculés du Svalbard. Mais plus question de traverser le fjord en motoneige car il est de plus en plus souvent libre de glace, explique ce grand barbu, employé d'une compagnie de tourisme polaire : "Quand la ville a été établie il y a 100 ans, le fjord était gelé jusqu'à fin avril mais aujourd'hui, il n'y a plus de glace, les bateaux peuvent venir toute l'année."  

Martin Fiala guide pour la compagnie de tourisme polaire Svalbard Wildlife Expeditions  devant l'Adventfjorden à Longyearbyen
Martin Fiala guide pour la compagnie de tourisme polaire Svalbard Wildlife Expeditions devant l'Adventfjorden à Longyearbyen © Radio France / Sandy Dauphin

L’Arctique se réchauffe deux à trois fois plus vite que le reste du monde

Stephen Hudson, chercheur à l’Institut polaire norvégien à Longyearbyen a l'habitude de grimper à pied vers le glacier de Longyear, qui surplombe la vallée où est implantée la ville. Il prend le temps de fixer un pistolet de détresse à sa ceinture, un équipement obligatoire dès qu'on sort de la zone habitée, au cas où l'on croiserait un ours polaire. "Mais c'est hautement recommandé de porter également un revolver", précise ce scientifique, spécialiste des régions polaires. Comme la plupart des glaciers qui couvrent 60% du Svalbard, ce glacier recule. 

La vue sur Longyearbyen depuis la moraine (l'ancien front) du glacier de Longyear qui surplombe la vallée.
La vue sur Longyearbyen depuis la moraine (l'ancien front) du glacier de Longyear qui surplombe la vallée. © Radio France / Sandy Dauphin

Pour s'en rendre compte, il suffit de marcher jusqu'à la moraine, l'amas de roche poussé par le glacier lors de son extension maximum. Le sol est caillouteux et noir. Pour atteindre la glace il faut continuer à grimpe bien après la moraine, explique Stephen Hudson : "Vous voyez que le front du glacier est plus loin, environ 500 mètres plus loin. C'est ça le retrait du glacier. C'est la quantité de glace qui a fondu depuis les années 1800. Une partie du phénomène est naturelle mais son accélération est due au changement climatique."

À Longyearbyen, les relevés de l'Institut polaire norvégien montrent que la température annuelle moyenne a augmenté d'environ 5 degrés ces 40 dernières années. En comparaison, ailleurs dans le monde, la température a augmenté de 1,2 degré en moyenne depuis l'ère pré-industrielle, la période 1850-1900, qui sert de référence.

Le décor blanc autour de Longyearbyen fond et le risque d'avalanche se rapproche des habitations. Au-dessus des maisons de bois colorées, la montagne Sukkertoppen est striée de barrières anti-avalanche. En 2015, une coulée de neige a emporté onze maisons et tué deux personnes dans le centre jusqu'ici épargné. "Ca a été un traumatisme mais aussi une prise de conscience", estime Espen Rotevatn, directeur d'une école.   

Le chef-lieu de Longyearbyen à l'automne.
Le chef-lieu de Longyearbyen à l'automne. © Radio France / Sandy Dauphin

Une empreinte carbone par habitant très élevée

Espen Rotevatn, membre du parti norvégien des Verts, se bat pour verdir Longyearbyen et sensibiliser ses quelque 2500 habitants, essentiellement des professionnels du tourisme polaire, des scientifiques de l'imposant pôle de recherche et des familles de mineurs. Cette petite communauté perchée sur le toit du monde est aux premières loges du réchauffement climatique mais c'est aussi une cité minière qui a longtemps vécu de l'extraction du charbon, l'énergie la plus nocive pour le climat. 

Les habitants se chauffent et s'éclairent grâce à une centrale à charbon dont le panache noir est visible de loin. "Les gens ici ont une empreinte carbone individuelle parmi les plus élevées au monde", d'après Espen Rotevatn. "On vient ici en avion, on a la seule centrale à charbon de Norvège et toute la nourriture du supermarché est importée. Les gens me disent souvent : 'Tu es dans le parti des Verts, comment peux-tu habiter ici ?' C'est parce que je veux faire partie du changement de cette communauté."

Une galerie de la Mine de charbon numéro 3 creusée dans le permafrost. Elle a été fermée en 1996 et transformée en lieu de visite pour les touristes
Une galerie de la Mine de charbon numéro 3 creusée dans le permafrost. Elle a été fermée en 1996 et transformée en lieu de visite pour les touristes / Ragnhild Utne

La Norvège va fermer sa dernière mine de charbon au Svalbard

Espen Rotevatn se réjouit de la promesse du gouvernement début octobre 2021 : la Norvège a annoncé qu'elle tournait la page du charbon dans l'Arctique. Sur les sept mines exploitées depuis le début du 20ème siècle au Svalbard, il n'en reste qu'une encore en exploitation. La mine numéro 7 située à la sortie de Longyearbyen doit fermer en 2023. La centrale à charbon qu'elle alimente sera convertie dans un premier temps au diesel. 

Le directeur général de la compagnie nationale du charbon dans l'Arctique Store Norske dit vouloir ensuite sortir des énergies fossiles. "L’objectif et l’ambition sont de convertir Longyearbyen à 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Avec l’introduction de sources d’énergies locales vertes comme le solaire quand il faut beau l’été, l’éolien pendant la nuit polaire et la géothermie", explique Jan Morten Erstaas. 

Continuer d'exploiter du charbon dans l'Arctique ternissait-il l'image de la Norvège ? Le PDG de Store Norske avance plutôt des arguments économiques : "Nous fermons pour des raisons financières. Mais il y a un lien entre les financements futurs et le changement climatique. Le marché financier prend de plus en plus en compte le changement climatique. De nos jours, une compagnie durable doit se tourner vers des énergies renouvelables. Selon moi c’est l’avenir."

Jan Morten Erstaas, PDG de Store Norske, la compagnie norvégienne nationale du charbon dans l'Arctique, veut convertir l'entreprise aux énergies renouvelables.
Jan Morten Erstaas, PDG de Store Norske, la compagnie norvégienne nationale du charbon dans l'Arctique, veut convertir l'entreprise aux énergies renouvelables. © Radio France / Sandy Dauphin

La Norvège ferme sa dernière mine dans l'Arctique mais l'archipel du Svalbard n'en a pas fini avec le charbon. La Russie continue d'exploiter un gisement à quelques dizaines de kilomètres de Longyerabyen, à Barentsburg, en vertu du traité international u Spitzberg conclu en...1920.  

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