Ces paroles sont rares : elles sont celles de jeunes femmes, souvent âgées de 18 à 25 ans, petites mains du trafic de drogue depuis la Guyane. Si les hommes restent majoritaires, les femmes sont souvent celles qui prennent le plus de risques.

Une saisie douanière de drogue (photo d'illustration)
Une saisie douanière de drogue (photo d'illustration) © AFP / DOUANE FRANCAISE

Depuis la Guyane, les "mules" sont ces femmes qui prennent le risque de transporter de la cocaïne en l'ingérant ou en la camouflant sur elles, pour quelques milliers d'euros. L'an dernier, les douanes ont saisi près d'une tonne de poudre blanche en Guyane, devenue la porte d'entrée en France de la "coke" sud-américaine. Si les "mules" sont majoritairement des hommes, les femmes prennent souvent plus de risques. 

Parmi elles, Laëtitia, 27 ans, nous a demandé de modifier son prénom et sa voix et nous prévient : "Dans ce milieu, moins on en dit, mieux c'est". Elle nous raconte comment elle est devenue une mule, il y a quatre ans : "J’ai pris contact avec un ami qui l’avait déjà fait et avait un contact avec une personne, on a communiqué via WhatsApp, on s’est rencontré, il m’a demandé quand est-ce que j’étais prête à partir".

16 000 euros pour deux kilos de drogue

Laëtitia achète son billet d'avion avec une avance fournie par le trafiquant : "Je suis partie une semaine après, cette première fois-là j’avais 2 kg de cocaïne, c’était sur moi en remodelage de ma poitrine, de mes fesses, de mes hanches, comme un plâtre – et aussi dans le vagin et dans l’anus", raconte-t-elle. "J’étais déterminée et sûre de moi. Lorsqu’on décide de faire ce genre de choses-là, si on a peur ou on hésite, c’est mort d’avance (...). À l’arrivée à Orly j’ai pris un taxi, l’échange a été fait, je suis partie. C’était 2kg donc j’ai eu 16 000 euros".

À l'époque, la jeune guyanaise travaille en parallèle de ses études. "J'ai acheté des souvenirs pour ma mère, j'ai acheté une voiture, j'ai meublé mon appartement : en fait, c'était plus pour le plaisir personnel", assume-t-elle. "Quand tu vois que tout s'est bien passé, tu fais une deuxième, une troisième fois, tu finis par te mettre dans un engrenage, et ça finit toujours mal". 

"Personne n'est dupe"

En effet, Laëtitia sera finalement interceptée un an plus tard par les forces de l’ordre avec 9 kilos de cocaïne dans sa voiture alors qu’elle rejoignait Cayenne. Pour les trafiquants, les femmes sont devenues des cibles de choix pour tenter de déjouer les contrôles, explique Samuel Finielz, le procureur de la République de Cayenne : 

"Ils vont utiliser les difficultés socio-professionnelles de ces personnes pour leur faire miroiter quelques milliers d’euros en l’échange de transports de stups. Deuxième raison qui préside au choix de femmes, c’est le fait qu’ils arrivent à leur faire croire qu’elles passeront plus facilement, moins spontanément contrôlées. Or, personne n’est dupe, ni la PAF ni les douanes, on a tous les profils qui sont susceptibles de passer de la cocaïne."

Les mules guyannaises risquent jusqu'à 10 ans d'emprisonnement. Des peines souvent aménagées, avec certaines procédures simplifiées, pour faire face à cette "délinquance de masse" en Guyane. Mais les sanctions restent lourdes pour les récidivistes : Raissa et Nadège ont passé respectivement 10 mois et deux ans en prison, où elles se sont rencontrées. Elles se souviennent, chacune, de leur dernière fois : pour Nadège c'était à l'aéroport ; Raissa, elle, a été interpellée sur la route qui la menait à l'aéroport. 

"C'est là qu'on réalise : quand on tombe. Plus les jours passent, plus tu réalises la gravité (...). Nous, on a tout perdu, et les personnes qui doivent payer sont en liberté". Les deux jeunes femmes viennent de créer une association pour sensibiliser les jeunes de leur quartier et aider les anciennes mules, une fois sorties de prison, à se reconstruire. 

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