Le nouveau gouvernement israélien est installé et les partis religieux ultra-orthodoxes juifs ont basculé dans l'opposition. Mais ceux que l'on appelle "haredim" sont de plus en plus nombreux et visibles. Leur place dans la société fait débat.

Dans le quartier de Mea Sharim à Jérusalem la loi juive ultra-orthodoxe est strictement appliquée
Dans le quartier de Mea Sharim à Jérusalem la loi juive ultra-orthodoxe est strictement appliquée © Radio France / Frédéric Métézeau

Racheli a choisi l'anonymat de la foule pour raconter son histoire. Un samedi soir lors d'une manifestation à Jérusalem, nous retrouvons la jeune femme de 21 ans près de la grande synagogue. Cheveux courts et visage fin, portant t-shirt rose et short en jean, cette aînée de huit enfants qui ne souhaite pas être prise en photo de face, raconte qu'elle étouffait chez elle. Elle a donc décidé de quitter la communauté ultra-orthodoxe et de quitter le foyer familial.

La religion passe en premier avant tout, même avant la famille. 

"La religion te dicte toute ta vie, dès l'âge zéro, dès le jardin d'enfants on ne t'enseigne que la religion. Dans la communauté on éduque les enfants d'une façon très très fermée. Je ne connaissais même pas les noms des autres pays !", témoigne-t-elle sans donner son nom de famille.

"J'étais une petite fille très polie très sage. Vers quinze ans je me suis posé plus de questions qu'avant. Mais quand je posais ces questions à l'école, les professeurs m'ont exclue du cours en me disant que c'était interdit de demander ça. J'ai demandé à ma mère qui a créé Dieu ? Et ma mère m'a dit : Personne, il n'a pas de créateur, il a toujours existé. Je lui ai dit : Mais comment est-ce possible ? Et elle m'a dit : on ne pose pas des questions pareilles."

Racheli est donc partie avec une amie. D'abord, elle a travaillé quelques mois dans un hôtel de la station balnéaire d'Eilat sur la mer rouge. Puis sont survenus le confinement de mars 2020, le chômage et un COVID sans gravité pour elle mais fatigant. Enfin, Racheli et son amie sont arrivées à Jérusalem où elles ont été prises en charge par l'association Hillel qui vient en aide aux jeunes gens dans leurs cas. Quand elle rend visite à ses parents, une fois par mois, Racheli porte ses longs vêtements d'avant par respect pour eux mais elle arbore fièrement ses cheveux courts qu'elle présente comme une véritable conquête. 

Quand on est juif, c'est contraignant

Mais d'autres s'épanouissent dans cet univers haredi. A Bnei Brak, la plus grande ville ultra-orthodoxe du pays près de Tel Aviv (205 000 habitants dont une grande majorité de haredim) vivent Samuel et Léa, 37 ans, respectivement joailler et médecin. En provenance de Paris, ils habitent ici depuis trois ans et respectent les canons vestimentaires de leur foi. Elle porte une tenue dite "modeste" c'est à dire une perruque et une longue robe à manches couvrantes. Il a la tête couverte d'une kippa ou large chapeau et revêt un costume noir sur une chemise blanche. Dans leur joyeuse maison où s'égaient cinq enfants, le père de famille a bien conscience de la rigueur de cette vie : "Quand on est juif, c'est contraignant. Et cela oblige. Celui qui se définit comme haredi adhère à une croyance où ses actes et sa volonté sont soumis aux décrets de l'Eternel, que ce soit sur la vie familiale, la nourriture ou notre aspect vestimentaire. Contrairement à certains groupuscules haredim antisionistes, Léa et Samuel reconnaissent l'Etat d'Israël. Lui a même fait l'Armée dans une unité de combat quand traditionnellement, la majorité des haredim sont exemptés du service militaire.

Léa et Samuel ont choisi de s'installer à Bnei Brak en Israël pour y vivre pleinement leur religion.
Léa et Samuel ont choisi de s'installer à Bnei Brak en Israël pour y vivre pleinement leur religion. © Radio France / Frédéric Métézeau

Un débat politique et électoral

Mais pour eux, la loi religieuse doit primer y compris dans la vie quotidienne avec la non-mixité dans une partie de l'espace public et un repos absolu le jour du shabbat avec commerces et transports fermés. Ces exigences sont relayées au Parlement par les seize députés ultra-orthodoxes, longtemps alliés de Benyamin Netanyahou au pouvoir, aujourd'hui dans l'opposition. "Si les haredim cherchent à être représentés politiquement, c'est pour qu'il n'y ait pas de contradiction entre les lois sociales établies par l'Etat et la loi juive. L'identité nationale israélienne s'est construite sur une identité juive et non inspirée des cultures laïques des autres nations" explique Léa. Justement, ce discours exaspère Racheli et bien d'autres juifs laïcs appelés hilonims représentés au Parlement et au gouvernement au sein de partis de centre-gauche ou de droite nationaliste. "Je ne veux avoir personne sur le dos, personne qui vérifie où j'étais, comment je m'habille" clame Racheli. "Ils ne veulent pas de transport public le shabbat, ils veulent un Etat d'inspiration religieuse mais les citoyens qui n'en veulent pas, tous ceux qui ne sont pas haredim, en souffrent ! Pourquoi à cause d'une petite minorité ultra-orthodoxe, on n'aurait pas de transports publics ?" 

En miroir, Samuel et Léa disent avoir mal vécu les débats des dernières années sur la place de la religion dans la vie publique : "On a grandi en France et pour nous un juif c'est un juif. Voir ces divisions quand on arrive en Israël, c'est difficile. Malheureusement, des partis politiques israéliens ont parfois des propos très virulents, hostiles voire haineux envers le public orthodoxe. Je pense qu'ils sont juste populistes et électoralistes. Comme on est en Israël et entre nous, ils se permettent parfois certains comportements et certains propos qui sont vraiment déplacés qui pour moi, sont antisémites." 

Rien de cela chez Racheli. La jeune femme qui espère étudier le droit et un jour devenir assistante sociale ou femme politique n'en a pas seulement fini avec ce judaïsme très strict. "Je ne crois plus" dit-elle avant de s'éloigner dans la nuit et dans la foule.

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