Le mouvement de contestation, lancé en février 2019, n'est plus audible. Étouffé par les restrictions sanitaires, divisé et ciblé par le pouvoir, le Hirak s'éteint peu à peu et les manifestations diminue.

Un rassemblement anti-gouvernement à Alger le 26 mars 2021 à l'appel du Hirak
Un rassemblement anti-gouvernement à Alger le 26 mars 2021 à l'appel du Hirak © AFP / RYAD KRAMDI

L'Algérie attend toujours les résultats des élections législatives de samedi 12 juin lors desquelles l'abstention a atteint des records. Le Hirak, le mouvement de contestation pacifique démarré en février 2019, est-il moribond ? En tout cas, depuis plusieurs semaines, les manifestants ont déserté les rues des grandes villes algériennes.

Dans les rues d'Alger, l'ambiance est lourde. Les Algériens se détournent du micro qu'on leur tend. Aujourd'hui, l'objectif du pouvoir est clair : réduire au silence les voix dissidentes. Plus de 16 000 agents des services de sécurité quadrillent le pays, prêt à empêcher toute manifestation. Dans son bureau, le porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, ne mâche pas ses mots. Pour lui, le mouvement de contestation n'a aucun avenir en Algérie :

Le Hirak a terminé sa mission avec les élections présidentielles. Ce qui s'est produit après, c’est ce que j’appelle le néo-Hirak. Une excroissance du Hirak initial qui est complètement investi par les mouvements terroristes, et ce néo-Hirak est condamné à disparaître à ce titre

Un mouvement fissuré

Depuis plusieurs semaines, les manifestations ont effectivement disparu. La pandémie de Covid-19 et les mesures de confinement ont cassé la dynamique du mouvement populaire. Une bénédiction pour le pouvoir algérien qui n'en demandait pas tant. Un reflux que reconnait Zoubida Assoul, avocate et présidente de l'Union pour le Progrès et le Changement, l’UPC. "On ne peut pas réduire le Hirak aux manifestations pacifiques. Un mouvement populaire n’est pas droit, parfois il est très fort, parfois il diminue. Mais ce n’est pas parce que le nombre de gens qui sortent manifester pacifiquement a diminué par rapport à 2019, bien évidemment, c'est parce que nous sommes passés par une année de confinement à cause la pandémie de la Covid-19. Et les Algériens que nous sommes, aussi bien les politiques que les activistes du Hirak, nous avons décidé volontairement d’arrêter les marches parce qu’il y avait un problème de pandémie". 

Problème de pandémie et division des rangs des contestataires : certains opposants au régime ont décidé jouer le jeu de la participation aux élections législatives de samedi dernier. C'est le cas du mouvement Jil Jadid, Nouvelle Génération. Son président, Soufian Jilali, justifie ce choix :

"Après le Hirak de 2019 et 2020, il s’est opéré une brèche importante dans le système. Vous avez des dizaines de hauts responsables de tous niveaux qui sont aujourd’hui face à la justice. Si toute l’opposition reste sur une position radicale et de refus, le pouvoir se renfermera de nouveau et agira de telle façon à rétablir les équilibres tels qu’il les considère lui" 

L'idée d'un changement radical ancrée

Sous pression, les activistes du Hirak traversent une période de doute, avec une question cruciale pour la survie de la contestation : comment rebondir face à la poigne de fer du régime algérien ? 

Une interrogation sans réponse pour le moment, estime Karim Kébir, du journal La Liberté : "Honnêtement, c’est très difficile de pronostiquer comment le Hirak va réagir parce qu’en ce moment il y a des arrestations, de la répression, donc les gens ont peur. Ils vivent un quotidien très difficile. Et puis le Hirak n’a pas de grandes figures, dans les lesquelles ils peuvent s’identifier. C’est aussi une fragilité. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que l’idée d’un changement radical du régime est très ancrée chez les Algériens".

Désormais, pour les militants du Hirak, il faut faire le dos rond pour espérer de reprendre l'initiative.

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