Plusieurs centaines de couples de femmes ou célibataires ont déjà réalisé des PMA avec des gynécologues en France. Une pratique illégale tant que la loi de bioéthique, attendue depuis deux ans, n'a pas été promulguée.

Morane et Laura attendent des jumeaux pour l'automne prochain. Elles ont réalisé leur PMA en France avec l'aide d'un gynécologue
Morane et Laura attendent des jumeaux pour l'automne prochain. Elles ont réalisé leur PMA en France avec l'aide d'un gynécologue © Radio France / Hélène Chevallier

Sur leur réfrigérateur, Laura et Morane ont affiché fièrement les deux premières échographies de leurs jumeaux. "Sur la première on ne voit pas grand chose, mais là, ils ressemblent à des petites madeleines très humaines", s’amuse Morane. La jeune femme de 28 ans doit accoucher à l’automne. 

Le couple a commencé son parcours de PMA il y a neuf mois, mais l'envie de devenir mère datait de bien avant, confie Laura : "Autant Morane que moi, on avait envie d'être maman depuis très, très longtemps, bien avant notre rencontre. Moi, j'étais persuadée que Morane allait être une très bonne mère pour mes enfants et je pense que c'était réciproque. Donc on s'est dit : 'ça fait pas très longtemps qu'on est ensemble, pourquoi pas se lancer et on verra bien!' "

Avec la pandémie, aller faire une PMA à l’étranger se transforme en casse-tête. L'idée d'une insémination bricolée à la maison avec le sperme d'un ami (ou trouvé sur Internet) est aussi rapidement écartée. Les deux jeunes femmes entendent alors parler de la possibilité de faire une PMA en France mais de façon illégale : "On a  passé de bonnes semaines à chercher l’information", relate Laura. "Il y a plein de forums consacrés à la maternité lesbienne, des associations d’homoparentalité avec des forums un peu cachés. Il faut être adhérent pour pouvoir voir ces forums, mais il n'y a jamais aucune information. Les personnes qui ont eu recours à ces gynécologues en France, les nomment en nom de code, etc. ", décrit la jeune femme. 

À aucun moment, le gynécologue ne nous a fait sentir qu’on était dans l'illégalité.

Laura et Morane trouvent finalement enfin un gynécologue : "On était extrêmement stressées au début de faire quelque chose d'illégal. Moi, j'ai un problème avec ça. C'est une source de stress énorme" confie Morane. "Mais pour ce gynécologue, c'était vraiment la normalité. À aucun moment, avec ce professionnel-là, on s'est senties dans l'illégalité. Donc on a tout fait dans son cabinet, tous les rendez-vous de suivi, vérifier les follicules, prévoir une stimulation, puis l'insémination à la fin. Et puis il y a eu également un suivi un petit peu après. Donc, on était vraiment prise en charge assez globalement". Le couple voulait choisir son donneur. Il s'est tourné vers une banque de sperme danoise très connue qui livre les gamètes directement chez le gynécologue. 

200 inséminations en 2020, 39 bébés 

Dans un petit couloir à l'arrière du cabinet, six containers de paillettes de sperme en provenance du Danemark attendent pour des insémination. "Je ne pense pas que c'est vraiment un acte d’héroïsme parce qu'on ne va pas nous mettre en prison et nous couper la tête" minore le gynécologue de Morane et Laura. Soixante-huitard élevé dans le féminisme, ce praticien a commencé à aider des couples de lesbiennes ou des femmes célibataires il y a trois-quatre ans, il réalise aujourd'hui en moyenne deux inséminations par semaine. "Cela s'est fait petit à petit, par le bouche à oreille car il n’y a pas beaucoup de praticiens qui font se genre d’insémination. Maintenant, cela constitue une bonne partie de mon activité", reconnait l’homme de 69 ans. En 2020, il a réalisé 200 inséminations sur 114 patientes et 39 bébés sont nés ou vont naître dans les prochains mois. 

5 ans de prisons et 75 000 euros d’amende 

Tous les membres du cabinet sont au courant. D'ailleurs, pour le gynécologue, c'est un secret de polichinelle. Il s’explique : "Les autorités sont au courant puisque les paillettes qui viennent du Danemark viennent dans des gros containers tout à fait identifiables et passent la douane à Roissy. Il y a même des grand professeurs qui en font. Un chef de service de PMA s'est d'ailleurs fait remonter les bretelles. C'est difficile, dans un cadre hospitalier, justement de braver la loi."

En théorie, ce médecin risque cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende. Selon le Collège national des gynécologues et obstétriciens français, c’est une pratique minoritaire. Aucun n'aurait jusqu'ici été poursuivi. Laura et Morane sont elles reconnaissantes d'avoir pu réaliser leur PMA avec quelques mois, voire quelques années d’avance. 

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