Quelles sont les entreprises qui ont le plus souffert de la pandémie ? Le "quoi qu'il en coûte" -et ses 240 milliards d'euros d'aides directes et de prêts-, a certes permis de sauver l'économie française et d'éviter une vague de faillites. Mais certains secteurs sont toujours en grande difficulté.

Un couple d'entrepreneurs devant le tribunal de commerce d'Angers
Un couple d'entrepreneurs devant le tribunal de commerce d'Angers © Radio France / Géraldine Hallot

Des bars, restaurants, agences d'évènementiel ou de voyages, des salons de beauté... ont accumulé les dettes et vivent sous la menace du dépôt de bilan. Géraldine Hallot et Romains Luquiens ont pu assister exceptionnellement aux audiences du tribunal de commerce d'Angers. Des liquidations y sont prononcées. Des petites entreprises disparaissent, victimes du COVID.

Avec la juste distance des magistrats et la bienveillance de celui qui juge ses pairs, Jean Carteau, lui-même chef d'entreprise, comme tous les juges des tribunaux de commerce, ouvre l'audience entourés de ses deux assesseurs. Face à lui, Pierre et Amélie*, la petite trentaine. Ils ont ouvert leur salon de beauté un mois seulement avant le premier confinement. Ils sont sur la liste des commerces non essentiel : première fermeture. Puis une deuxième à l'automne 2020. Et une troisième en avril dernier qui les laisse exsangues. "Les trois fermetures ont été très compliquées à vivre", explique le couple à l'audience. "Depuis, malgré le PGE [prêt garanti par l'État, NDLR], on n'arrive pas à rattraper cette année perdue."

Le juge Carteau propose un redressement judiciaire pour permettre à Pierre et Amélie de continuer leur activité tout en étalant leurs dettes. Le couple, visiblement à bout, opte pour la liquidation.

"J'ai tout perdu"

À l'audience de la semaine suivante, c'est le bar de Claire* à Angers qui est liquidé. Elle l'avait ouvert quelques mois avant le début de la pandémie. Un tout petit bar de quartier, sans terrasse, qui n'a pas survécu aux normes de la distanciation sociale.

"J'ai investi toutes mes économies pour ouvrir ce bar et j'ai tout perdu", se désole Claire, dont les dettes auprès des banques et des fournisseurs s'élèvent à 60 000 euros. Ces liquidations sont souvent un traumatisme pour ces petits patrons, explique le juge Carteau. Le tribunal de commerce d'Angers propose d'ailleurs de les mettre en relation avec des psychologues. 

Aujourd'hui, Claire a retrouvé un emploi à l'usine. Pierre est devenu préparateur de commande dans la grande distribution. Amélie cherche du travail. La liquidation de leur entreprise provoquera sans doute un effacement de leurs dettes. Mais le COVID a douché pour un moment leurs désirs d'entreprendre.

* les prénoms ont été modifiés

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