C’est un plaisir pervers et stimulant sur le plan intellectuel.

Quatre-vingts secondes ce matin sur cette fonctionnalité, quand vous lisez un livre en format électronique, qu’offrent les liseuses, ces petites tablettes à l’écran gris. J’ai été intrigué par des pointillés sous certaines phrases d’un roman ou d’un essai qui, inspection faite, sont la trace de ce que d’autres lecteurs ont souligné, aimé ou trouvé intéressant. Le nombre de lecteurs est d’ailleurs indiqué.

Dans La Carte et le territoire de Houellebecq, 126 personnes ont souligné la phrase suivante : « la vie vous offre une chance mais lorsqu’on est trop lâche ou trop indécis pour la saisir la vie reprend ses cartes ». Dans La vie devant soi de Romain Gary, 108 personnes ont souligné « je pense que pour vivre, il faut s’y prendre très jeune parce qu’après on perd toute sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux ». Dans La Frontière de Don Winslow, 5 lecteurs ont mis en avant : « dix dollars changent de main dans une cité, vous allez en prison. Vous blanchissez trois cents millions à Wall Street, vous êtes invité à dîner à la Maison-Blanche ».

C’est fascinant parce que vous pouvez enfin lire par-dessus l’épaule de quelqu’un. C’est troublant parce que l’intimité de cette activité intime par excellence qu’est la lecture se trouve profanée. Mais c’est intéressant de voir que ces lecteurs soulignent souvent ce qui est de l’ordre de la sagesse du roman, la vie, la vie bonne, la vie meilleure. 

Quant à moi, je l’avoue en ces temps de transparence, je souligne à mort.

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