L’assaut du Capitole a été la face spectaculaire d’une réalité qui l’est tout autant : le refus des partisans de Donald Trump de concéder la défaite, d’admettre le verdict d’une élection qu’ils persistent à croire volée.

D’où vient ce déni ? Quatre-vingts secondes ce matin sur un texte où le philosophe Jacques Rancière cherche à comprendre comment « tant d’acharnement à ne pas reconnaître les faits les mieux attestés (…) peut se trouver aussi largement partagé ou soutenu ».

Jacques Rancière évacue les analyses habituelles, méprisantes, selon lesquelles c’est un électorat d’« esprits simples » et de « cerveaux malades » qui adhère aux fake news. Il avance l’hypothèse inverse, dérangeante : « si l’on refuse l’évidence, ce n’est pas parce qu’on est bête, c’est pour montrer qu’on est intelligent. » Et qu’on réfléchit. Et qu’on ne se laisse pas avoir. C’est, dans une torsion de la raison, dire : « j’hyper-doute donc je suis ». Autre élément : les électeurs ne croient pas nécessairement ce que dit Trump mais ils sont heureux d’entendre ses mots et de partager ce qui en fait la trame – la « passion de l’inégalité », « celle qui permet (…) aux riches et aux pauvres de se trouver une multitude d’inférieurs sur lesquels ils doivent à tout prix conserver leur supériorité ».

 Dans la grande analyse en cours de ce qu’est et de ce qu’il restera du trumpisme, Jacques Rancière livre un texte très stimulant. Il est publié par le quotidien d’idées AOC. 

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