Sur Twitter, il avait écrit un mystérieux et inquiétant « au revoir ». Ses collègues historiens ont annoncé avec stupeur, hier, sa disparition.

Quatre-vingts secondes ce matin pour saluer la mémoire du grand historien Dominique Kalifa, qui s’est donné la mort le 12 septembre, jour de son 63e anniversaire.

Si vous aimiez le roman français du 19e siècle, le roman réaliste, le roman populaire, le roman feuilleton, tous ces textes qui se dévorent, vous finissiez, un jour ou l’autre, par tomber sur les travaux de Dominique Kalifa. Ils étaient consacrés à toute une facette de cette littérature — les bas-fonds de la société, les criminels, les pauvres, les détectives privés, les faits divers. Dominique Kalifa publiait des textes savants mais, parce qu’ils étaient accessibles aux curieux, pas seulement aux spécialistes, ils prolongeaient le plaisir propre à la fiction en permettant de comprendre l’imaginaire et les effrois d’une époque. Par cercles concentriques, Kalifa nous emmenait ensuite vers une analyse de la culture de masse et de la civilisation de la presse écrite dont l’essor fut intimement liée à la circulation de ces textes.

Kalifa aimait les journaux, il a collaboré 30 ans au cahier livres de Libération, le quotidien ouvre d’ailleurs ses archives ce matin et met en ligne la totalité de ses articles. Et puis lisez par exemple son Paris, une histoire érotique chez Payot, petite merveille d’humour, d’érudition et d’intelligence. Quelle tristesse. 

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