Imaginez quelque chose comme le Collège de France pour les enfants où philosophes, scientifiques, écrivains, ou historiens, viendraient et feraient l’effort, non pas de simplifier leur pensée, mais de la rendre accessible. L'une de ces conférences, celle de la poétesse et traductrice japonaise est devenue un livre.

Quatre-vingts secondes ce matin sur les « petites conférences » qu’organise depuis des années le Nouveau théâtre de Montreuil à destination des enfants, et de ceux qui les accompagnent. Philosophes, scientifiques, écrivains, historiens, tous font l’effort non pas de simplifier leur pensée mais de la rendre accessible — ce qui n’est pas du tout la même chose. Il est question ici du fini et de l’infini, de la nature et de la culture, de la révolte, d’Ulysse et de Zeus — bref de sujets qui, a priori, ne sont pas « pour enfants » au sens étroit.

Certaines de ces conférences sont devenues des livres

Comme La Terre est une marmite de Ryoko Sekiguchi, poétesse et traductrice japonaise, dont je vous avais parlé ici. Cette conférence est une grande méditation sur la cuisine comme « langue », le repas comme « texte », le plat comme « phrase » et l’ingrédient comme « mot ». Avec ça, on peut déjà cuisiner une littérature et une philosophie. Alors on y va : comment traduire, sans le trahir, un « bœuf aux champignons » dans un pays qui n’a pas de champignons ? Par quoi on les remplace ? Autres questions posées : « avez-vous déjà imaginé le goût de quelque chose que vous n’avez jamais goûté » ? Ou, ma préférée : « pourrait-on manger les nuages ? »

En répondant aux enfants, Ryoko Sekiguchi démontre que « le désir de manger, c’est l’envie d’être en vie ». C’est simple, c’est vrai, c’est beau, c’est profond : on a fondé des métaphysiques sur des bases plus faibles. 

La Terre est une marmite, de Ryoko Sekiguchi, est publié chez Bayard.

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