11 000 euros de loyers impayés, quasi aucune subvention : l'association est expulsée de ses locaux de Montreuil en Seine-Saint-Denis. En cette toute fin d'année, à l'aube d'une nouvelle décennie, Ni putes ni Soumises disparaît dans le plus grand des silences. Avec elle, toute une époque.

Fadela Amara, fondatrice de "Ni Putes Ni Soumises" et ancienne secrétaire d'État chargée de la Politique de la Ville du deuxième gouvernement François Fillon
Fadela Amara, fondatrice de "Ni Putes Ni Soumises" et ancienne secrétaire d'État chargée de la Politique de la Ville du deuxième gouvernement François Fillon © AFP / Photo12 / Damien Grenon

Rembobinons... Ni putes ni soumises voit le jour en 2003, à une époque où le féminisme s’essouffle. On est loin encore de MeToo : les violences sexistes et sexuelles ne font pas la Une comme aujourd'hui, et la lutte contre les inégalités de genre n'a pas été décrétée grande cause du quinquennat.

Créée par une certaine Fadela Amara, le slogan du mouvement ? "Laïcité, égalité, mixité". Son crédo ? Donner la paroles aux femmes des quartiers pour dénoncer les violences. "Une association historique, même dans le nom, c'était fort", reconnaît aujourd'hui une porte-parole d'Osez le Féminisme.

Sauf qu'il y a eu 2007 et la bascule : la bascule en politique. Fadela Amara entre au gouvernement Fillon : le début de la fin. Une partie du mouvement le vit comme une trahison, il y a aussi les positions très tranchées de l'association, sur la question du voile par exemple.

Il y a 4 ans déjà, criblé de dettes, Ni putes ni soumises est expulsée une première fois et part s'installer en banlieue. Avec ses locaux parisiens, elle perd aussi ses salariés et la lumière des médias. Aujourd'hui, l'association suit une petite centaine de femmes par mois et ne fonctionne qu'avec des bénévoles. 

"On nous laisse mourir" : le cri de la présidente Stéphanie Rameaux qui accuse le gouvernement de désengagement. Réponse cinglante hier du cabinet de Marlène Schiappa dans le Journal du Dimanche :  le rôle de l'État n'est pas de maintenir des associations sous perfusion d'argent quand les projets ne sont pas au rendez-vous.

Ni putes ni soumises sera à la rue demain. Les symboles meurent mais les combats demeurent.

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