Je vous raconte l'histoire ce matin d'Omar Radi. Il est journaliste. Il est marocain. Il a 33 ans et il est en détention provisoire depuis jeudi dernier à Rabat. Il risque 1 an de prison pour "outrage à magistrat".

Manifestation de soutien au journal Omar Radi à Rabat au Maroc
Manifestation de soutien au journal Omar Radi à Rabat au Maroc © AFP / STR / AFP

Mais qu'a-t-il fait ? Il a osé critiqué une décision de justice sur twitter : des membres du Hirak, ce mouvement de contestation qu'on retrouve aussi en Algérie, venaient d'être condamnés à de lourdes peines, jusqu'à 20 ans de prison. "Juge, bourreau", "fonctionnaires sans dignité" : voilà les mots d'Omar Radi qui lui coûtent aujourd'hui sa liberté.

Il faut dire aussi qu'il est gênant celui-là. Auteur de plusieurs enquêtes sur la corruption notamment. Il y a 4 ans par exemple, il révèle comment des conseillers du roi ont pu acheter des terrains de l'Etat à de tous petits prix. En fait, Omar Radi est devenu un symbole : celui d'un pays resté autocratique, malgré les apparences. Dans son dernier classement sur la liberté de la presse, Reporter Sans Frontière place le Maroc 135e sur 180 pays.

Et il n'y a pas que les journalistes d'ailleurs. En quelques jours  : un youtubeur a été condamné à 4 ans de prison pour "offense au roi", un lycéen à 3 ans de prison pour une publication sur Facebook... Ce qui se joue aussi, on le voit bien, c'est la liberté sur les réseaux sociaux ; des réseaux qui dérangent et qui dépassent le pouvoir, comme au Liban cet automne : une taxe sur Whatsapp, et c'est le soulèvement de la rue.

Au Maroc aussi, la rue réagit. Ils étaient plusieurs centaines à manifester samedi dernier à Rabat pour soutenir Omar Radi. On peut parier qu'ils seront encore nombreux après-demain jeudi, pour la reprise du procès.

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