Retour sur la guerre des artistes et des écrivains, Pierre Mac Orlan, Charles Péguy, Fernard Léger et Maurice Genevois.

Quels souvenirs de la Grande Guerre pour les artistes et écrivains ?
Quels souvenirs de la Grande Guerre pour les artistes et écrivains ? © Getty / DEA / BIBLIOTECA AMBROSIANA

C'est bientôt la fin des commémorations de la Grande Guerre. Thomas Legrand souhaitait revenir sur ces commémorations, mais également sur les écrivains et artistes, qui se sont confiés sur leur guerre. 

Pierre Mac Orlan revient sur la mobilisation en Bretagne : "Tous les hommes étaient en mer et je vois le drapeau tricolore sur les sardineries, signe de mobilisation générale. Alors tout le monde a rallié le port, j'ai vu les gars descendre, rentrer chez eux et ils ont pris leurs costumes, de la marine de guerre, donc leurs chemises bleues et leurs bonnets avec un pompon rouge. Et ils ont rejoint à Lorient, leur bâtiment, ou à Brest, leur dépôt."

Ils n'ont jamais demandé d'explications. Ils n'ont même pas demandé contre qui on se battait, ils pensaient que c'était contre les Anglais. Ils sont étonnants, ces Bretons.

Bien sûr, 14-18, c'est aussi Charles Péguy. Sa mort est ici raconté par l'un de ses camarades de tranchées, épique et patriotique. 

"Le lieutenant Péguy a pris son dernier verre d'eau avec ses camarades, le capitaine Guérin a donné l'ordre à la 19ème compagnie de faire l'assaut. Nous sommes partis. Le lieutenant Péguy a été assailli à quelques mètres par une balle."

Ses dernières paroles ont été celles-ci 'Les enfants, en avance pour la France. Allez-y !'

Moins épique, plus réaliste, écoutez Fernand Léger qui était chargé de ramasser les morts. Il raconte les premiers cadavres : "J'en ai vu de toutes les dimensions, de toutes les couleurs, avec une parfaite indifférence pendant un certain temps. Le premier, c'était un fantassin sur un talus, qui devait être là depuis plusieurs jours."

On le sentait déjà, il rentrait dans le sol, il n'avait plus son volume. Il n'avait aucune blessure apparente, il était comme couché. Mais diminué, réduit. Un costume avec rien dedans.

Enfin Maurice Genevois, grand témoin de 14-18, raconte comment il a été sauvé par un camarade en train de mourir. "Alors, à un moment, j'ai été arrêté mystérieusement. Et j'ai vu un tas d'hommes qui venaient d'être abattus. Le dernier qui était tombé, je l'avais cru mort, par-dessus les autres, mais il ne l'était pas. Il avait dû recevoir une balle dans la moelle épinière, en tout cas, il était paralysé, il était muet, il était incapable d'articuler un mot distinct, et je lui ai dit (et ça c'est une chose extraordinaire) c'est toi qui me dit qu'il ne faut pas que je passe là car je vais me faire descendre à mon tour. Quand je lui ai dit ça, ses yeux se sont illuminés. Il le savait, il était perdu. Et bien sa dernière lueur de conscience, il la vouait à sauver un autre homme de façon semblable, son frère."

ALLER PLUS LOIN

Ré-écoutez nos émissions consacrées à la Première Guerre mondiale, avec Ali Baddou et Nicolas Offenstadt, "Un monde en révolutions" et "Carnet de chants 1914-1918" par Bertrand Dicale, qui décortique les chants qui ont accompagné les soldats durant la guerre. 

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