Le coup de coeur théâtre de : "Les fausses confidences" de Marivaux avec Isabelle Huppert à l'Odéon

Les Fausses Confidences- Isabelle-Huppert, Yves-Jacques
Les Fausses Confidences- Isabelle-Huppert, Yves-Jacques © Pascal Victor

C'est l'un des évènements de cette rentrée: le retour d'Isabelle Huppert au théâtre dans un classique alors que ces dernières années on l'a vu dans des textes contemporains. Le metteur en scène Luc Bondy l'a convaincue de jouer pour la première fois de sa carrière du Marivaux au théâtre.Elle est Araminte. Une riche veuve qui tombe amoureux de Dorante, un jeune homme ruiné...qui vient travailler à son service qui est incarné par Louis Garrel. On assiste à un véritable coup de foudre. C'est une très belle histoire d'amour, trés moderne . Et dans la bouche d'Isabelle Huppert, la langue de Marivaux devient une langue d'aujourd'hui

Isabelle Huppert est virevoltante sur scène. On a l'impression de voir une gamine. Elle est taquine, espiègle et totalement envivrée par l'amour. La mise en scène de Luc Bondy est grandisose. L'appartement d'Araminte se construit et se déconstruit avec des éléments de décor téléguidés. Et la distribution est éclatante. Mention particulière pour Bulle Ogier qui interprète Madame Argante, la mère d’Araminte. Un beau rôle de femme acariâtre et autoritaire.

Le coup de coeur cinéma de Laurence Peuron:"Mère et Fils" du cinéaste roumain Calin Peter Netzer

Ce qui caractérise la nouvelle vague roumaine...plus si nouvelle depuis le temps qu'on en parle...ce qui caractérise ses auteurs, c'est leur capacité à saisir avec une économie de moyens mais un maximum d'inventivité l'humeur d'un pays...

Encore complètement écartelé entre d'une part, un post soviétisme pesant et les injonctions à jouir d'un capitalisme qui reproduit à l'exact les hierarchies sociales du communisme déchu.

Soit donc une riche famille de Bucarest donc on sent bien qu'elle n'a pas trop souffert sous Ceaucescu.

Le fils unique vomit sa mère ultra possessive jusqu'à cet accident : au volant de sa grosse cylindrée, il tue un enfant des faubourgs populaires.

S'engage alors une course contre la justice pour lui éviter la prison. On active des contact hauts placés, on corrompt des témoins gênants, on flatte les autorités à l'aide de grasses enveloppes. Mais l'enfant chéri se rebiffe, marre de se faire castrer depuis 25 ans par sa mère quitte à le payer au prix fort.

Le réalisateur filme cette tragédie caméra à l'épaule soulignant avec beaucoup de subtilité combien qu'il s'agisse de famille ou de politique il est compliqué de faire table rase du passé.

Le coup de coeur littéraire de Ilana Morryoussef: "L'ablation" de Tahar ben Jelloun aux Editions Gallimard

Tahar Ben Jelloun s’est mis dans le rôle du romancier à qui on confie une vie. Un écrivain public si l’on veut.Un ami, chercheur en mathématiques, lui demande d’écrire son histoire. C’est celle de beaucoup d’hommes. Il est atteint d’un cancer de la prostate. Il dit que son histoire servira aux hommes qui subissent une ablation, mais aussi à leur entourage, leur femme, leurs enfants, leurs amis qui ne savent pas comment réagir.Tahar Ben Jelloun réfléchit. Puis il accepte de tout raconter, comme on le lui demande, dans un récit où il se met dans la tête de son ami, un récit qu’il écrit à la première personne.C’est un livre qui déplie tous les aspects de la maladie . La dimension clinique, glaciale, des auscultations. Le désarroi psychologique de l’homme atteint dans sa virilité. Et aussi la touche d’autodérision indispensable pour se préserver. Cette dimension apparaît dès la première phrase du livre.

Depuis que je ne baise plus, je me sens plus libre et j’aime de plus en plus les femmes. Je les aime mieux et plus qu’avant parce que le sentiment de liberté me donne des ailes, de l’humour et de la légèreté.

Tahar Ben Jelloun réussit un livre qui tire sa force du fait qu’il met des mots sur une situation rarement décrite en littérature . L’ablation est le récit cru, élégant, juste et poignant d’un homme sans libido, mais pas sans qualités.

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