Tout l'été dans Les choses de la ville, on décortique les objets qui composent nos villes. Ce matin, le directeur du Jardin des Plantes de Montpellier nous raconte l'histoire des jardins botaniques.

Le Jardin des plantes de Montpellier
Le Jardin des plantes de Montpellier © Maxppp / DOMINIQUE ANDRE

Visitons, ce matin, le Jardin des plantes de Montpellier, en compagnie de Thierry Lavabre-Bertrand, son directeur, également professeur à la faculté de Médecine Montpellier-Nîmes, juste à côté, et ce n'est pas un hasard :

« Il y a des jardins botaniques qui ont été créés en annexe de facs de médecine, par exemple à Nancy ou à Strasbourg, et après il y a des jardins qui se sont développés du fait des municipalités. Mais c’est vrai que de façon très générale il y a un lien étroit entre médecine et botanique, et notamment ici. Par exemple Magnol, qui a donné son nom aux Magnolia, a été professeur de médecine, et il a géré en partie le jardin pendant quelques années, et c’est là dans ce jardin, qu’il a décrit notamment le concept de familles de plantes. »

Une avancée notable dans l’étude des végétaux a ses origines ici, à Montpellier, c’est dire l’importance de ce jardin des plantes. Le premier de France, ouvert en 1593, soit un demi-siècle après les tout premiers du genre, en Italie.

Au Moyen-Âge il y avait des jardins de « simples », où étaient cultivées les plantes avec lesquelles on fabriquait les médicaments, et puis la Renaissance et ses découvertes botaniques ont justifié d’aménager des lieux pour les présenter et les étudier. À l’air libre, lorsque le climat du jardin correspond au climat d’origine des végétaux, ou bien à l’abri d’une serre ou d’une orangerie pour les espèces les moins adaptées :

« Nous arrivons sur la serre Martins, qui date de 1860, pensée au départ principalement pour les plantes succulentes, donc notamment les cactées et les plantes des zones désertiques qui accumulent de l’eau. (...) Le parcours est un parcours géographique, c’est-à-dire que l’on commence là-bas par les cactées du Sud des États-Unis, ensuite on fait l’Amérique centrale, l’Amérique du Sud, l’Afrique, et on termine là-bas par Madagascar. »

C’est cela aussi qui est magique avec les jardins botaniques, ils nous permettent de parcourir le monde en quelques dizaines de mètres. 

Et pourtant, à l’origine, ce ne sont pas des lieux de promenade ! Même si le jardin des Plantes de Montpellier sera assez vite rendu accessible au public, sa position dans la ville nous dit bien qu’il n’y occupait pas non plus une fonction centrale. Nous sommes tout près de l’Écusson, le cœur de Montpellier, mais tout de même en dehors des anciens remparts de la cité :

« Initialement, nous étions ici juste "hors les murs", au contact de la muraille, parce qu’initialement le jardin a été fait, certes pour accueillir des étudiants de médecine et des enseignements pour le grand public, mais c’était un jardin qui était à vocation pédagogique, ce n’était pas un jardin public. C’est vrai que c’est un lieu très agréable, parce que ce n’est pas purement un lieu scientifique, c’est aussi un lieu où il y a de la littérature, de l’histoire, de la beauté, même, tout simplement. Mais c’est un jardin universitaire, c’est à dire à vocation, aussi, de science et de pédagogie.»

Faire avancer la recherche scientifique, rendre compte de ces connaissances, et en même temps inviter à la promenade, on comprend que les enjeux d’un jardin botanique sont multiples. Sans compter, la conservation. Les jardins botaniques du monde entier sont, en effet, organisés en réseau, et s’échangent régulièrement des plantes. Ce qui participe d’ailleurs à préserver certaines espèces menacées…

« Il y a quelques végétaux assez originaux, par exemple ici vous avez un cyprès du Tassili, il y en a quelques autres là-bas. Ces cyprès là poussent dans les oueds, en principe, du Sud du Sarah et ont pratiquement disparu actuellement. Ce qui fait que ça reste parmi les derniers exemplaires qui soient facilement accessibles aux chercheurs. (...) Régulièrement, donc, on a des scientifiques qui viennent pour s’approvisionner, en quelques sortes, en spécimens… Et c’est vrai que ça fait partie de la fonction des jardins botaniques, c’est à dire que ce sont des lieux de conservation des plantes, mais aussi de préservation de biodiversité. Sachant qu’il y a certaines espèces qui n’existent plus, ou quasiment plus que dans les jardins botaniques. »

Et au-delà de Montpellier, il y a de superbes jardins botaniques partout en France. À Marseille, Lyon ou encore Strasbourg, les visites y sont gratuites, et toujours passionnantes !

Les choses de la ville, en partenariat avec l'Ordre des architectes.

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