Tout l'été dans Les choses de la ville, on décortique les objets de nos villes avec ceux qui les conçoivent. Aujourd'hui, on s'intéresse au café avec le sociologue Pierre Boisard.

Une terrasse de café à Paris.
Une terrasse de café à Paris. © Getty / Nikada

Parmi les objets qui composent nos villes, on s'intéresse aujourd'hui au café, ce lieu paradoxal, souvent accusé de propager l’alcoolisme et de favoriser les réflexions « de bas étage ». Mais pour qui s’intéresse à la fabrication de la cité, c’est au contraire un lieu précieux et un espace de rencontre assez unique dans la ville. 

Comme en témoigne le sociologue Pierre Boisard pour qui la récente fermeture des cafés a littéralement changé la physionomie de certains quartiers :

Entre la fin stricte du confinement et la réouverture des bistrots, il manquait vraiment l’ambiance. Ce n'est pas seulement que je ne pouvais pas aller prendre mon café ou ma bière, mais il y avait une question d’ambiance, surtout dans cette rue où les terrasses sont partout.

La rue que désigne Pierre Boisard, c'est la rue Daguerre dans le 14e arrondissement de Paris où les cafés participent grandement à l'animation du quartier, d'autant plus qu'ils constituent des lieux flexibles, précise le sociologue :

C’est un endroit intermédiaire, justement, du point de vue de la ville. C’est ouvert, on peut à la fois être dehors pour observer les belles personnes qui passent dans la rue ou aller à l’intérieur, être tranquille et se créer une intimité. Enfin, on se fait l’endroit, le nid qu’on veut dans le bistrot.

Travailler, déjeuner, voir des amis : si le café peut, en temps normal, être considéré comme le prolongement du logement, le protocole sanitaire de ces dernières semaines impose un écran de protection entre les clients et le personnel. Une situation qui amène la plupart des cafetiers à interdire l’accès au comptoir, cet endroit majeur du bistrot. C’est pourtant ici que se retrouvent les habitués, ici que se joue, ce que Pierre Boisard qualifie de « pièce de théâtre, chaque jour différente ».

Dans son livre « La vie de bistrot », édité aux Presses Universitaires de France, il revient sur de nombreuses histoires qui s’y déroulent jusqu’à ne parler des bistrots non plus comme des débits de boisson, ni même comme des lieux physiques tangibles, mais presque uniquement à travers les relations humaines qui s’y nouent. Alors pourquoi se retrouve-t-on au bar, et pas tout simplement sur un banc public par exemple ?

Mais, un banc public il est isolé… Si vous avez cinquante bancs publics, qui sont installés en rond, et vous mettez une tente, une toile, un velum dessus, ça deviendrait presque un petit bistrot. Finalement, c’est juste un endroit où on a un peu de confort pour s’asseoir, une table, des chaises, pour discuter, pour se retrouver entre soi, à l’abri, parce qu’il peut pleuvoir.

Cette définition est valable, ici au Bouquet, dans le 14ème arrondissement de Paris mais à quelques détails près, elle l'est à peu près partout ailleurs en France et pour à peu près tout le monde depuis le XVIIe siècle. Ce qu’aime à rappeler Pierre Boisard à propos de son ancien QG, le Martignac, à Paris là encore :

Dans ce bistrot de la rue de Grenelle, ce qui était formidable, c’est qu’il y avait à la fois la grande bourgeoisie du 7ème arrondissement et puis il y avait les ouvriers de la ville, qui venaient tôt le matin, les employés des ministères, des militaires parce que le ministère des armées était tout près. C’est le petit miracle qui se produit dans ce lieu très précis. Mais il ne faut pas rêver non plus, c’est une mixité sociale à durée limitée.

Cette chronique est réalisée en partenariat avec l’Ordre des Architectes.

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