Tout l'été dans Les choses de la ville, on décortique les objets de nos villes avec ceux qui les conçoivent ou les habitent. Aujourd'hui, on s'intéresse au monastère, en compagnie de Stéphanie Lepagneul de la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez, qui nous en fait la visite.

Le monastère, une architecture au service de l'isolement
Le monastère, une architecture au service de l'isolement © Saint-Étienne Tourisme

Ce samedi, direction la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez près de Saint-Étienne, pour y découvrir son monastère en compagnie de Stéphanie Lepagneul, responsable du site. Elle revient sur le mode de vie des moines chartreux présents sur place jusqu'en 1792, et raconte comment l'architecture y est mise au service de l'isolement.

Depuis la place qui nous accueille, on ne devine pas qu’un ensemble de bâtiments long de 200 mètres se cache derrière cette façade tant elle est sobre. Elle l’était encore plus à l’origine au XIIIe siècle puisqu’il n’y avait pas de fenêtres à l’époque :

Il n’y a pas d’ouverture car les moines vivent dans la clôture, à l’intérieur du monastère et n’en sortent pratiquement pas. La particularité de l’ordre des chartreux c’est vraiment de se retirer du monde, et de mener une vie quasiment érémitique. L'objectif pour eux est donc de s’isoler, non seulement par le choix du lieu mais aussi par la construction des bâtiments.

À l'intérieur, les chartreux vivent en deux groupes séparés : d’un côté les « pères » vivaient presque en ermites au fond du monastère, tandis que les « frères » étaient installés à l’entrée de la chartreuse autour de la première des deux cours du bâtiment, où ils prennent en charges les repas et l'entretien des lieux : 

On est ici dans la cour des frères, aussi appelée la cour des obédiences. C’était un lieu de travail, un lieu constitué plutôt d’ateliers et des cellules des frères. Une quinzaine de frères habitait et travaillait dans cette cour, une cour totalement fermée, avec des ateliers, les étables, l’écurie, le pressoir, la boulangerie.

Cette organisation de l'espace se trouve pourtant bouleversée par la Révolution Française, alors que le monastère se retrouve désacralisé, vendu aux enchères en différents lots tandis que «les derniers moines (sont) chassés et dépossédés de tous leurs biens», raconte Stéphanie Lepagneul :

C’est vendu en tant que bien national dans la foulée et ça devient un village. C’est passé d’un monastère à un lieu habité essentiellement par des paysans, des artisans, l’école a tout de suite existé, l’ancienne cuisine c’est devenu les poulaillers et les clapiers à lapin.

Parmi les habitations les plus fascinantes qui s'y distinguent encore aujourd'hui, on notera sans doute celles qui s’installent dans les anciens ermitages, logements des Pères chartreux, désormais réaménagés par leurs nouveaux habitants. Une grande maison, avec un bureau, une chambre, un promenoir et un jardin en contrebas, le lieu a précisément été conçu pour y vivre confinés, ce qui n'est pas sans nous rappeler notre expérience du printemps dernier.

Les choses de la ville, en partenariat avec l'Ordre des architectes.

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