Tout l'été dans Les choses de la ville, on décortique les objets de nos villes avec ceux qui les conçoivent ou les habitent. Aujourd'hui, on s'intéresse au musée, et plus particulièrement à celui de Picardie à Amiens. Catherine Frenak et Béatrice Jullien en charge de la réhabilitation du bâtiment nous y accompagnent.

Le musée de Picardie à Amiens
Le musée de Picardie à Amiens © Frenak + Jullien architectes / Clément Guillaume

«Les choses de la ville» nous emmène à Amiens pour visiter le Musée de Picardie, reconnu comme étant le premier musée voulu et construit comme tel dans un bâtiment prévu à cet effet. Imaginé par Henri Parent, il était inauguré en 1864 à une époque où les musées s’installaient plutôt dans des édifices existants, châteaux ou anciens couvents notamment. 

Un siècle et demi plus tard, les architectes Catherine Frenak et Béatrice Jullien étaient en charge de la dernière réhabilitation de l'édifice qui rouvrait ses portes en mars après trois ans de chantier. Catherine Frenak, nous présente les grandes lignes du projet : 

On entrait au musée par la rue de la République et une des principales orientations du projet ça a été de retourner le site. C'est-à-dire de proposer une entrée vers l’arrière parce que on ne perturbait pas les grandes orientations du site à savoir l’axialité, la succession des pièces d’apparat.

Depuis la rue — à l’avant du bâtiment —, nous sommes face à l’archétype du musée du XIXe siècle.  Un jardin s'y distingue, modernisé par les récents travaux qui s’installe au pied d’une façade monumentale strictement symétrique décorée de colonnes, de pilastres, de statues et d’autres emblèmes à la gloire de Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie qui encadrent l’ancienne entrée principale du musée. 

Aujourd'hui, il faut contourner l'édifice pour y pénétrer et découvrir tout ce qu’un accueil de musée se doit désormais de comporter —  la billetterie, la sécurité, les vestiaires, la boutique. Béatrice Jullien, l’autre directrice de l’agence d’architecture Frenak Jullien, continue la visite :

Cette pièce immense c'est le grand salon, et c'était la cour du musée initial qui très tôt a manqué de place donc dès les années 1880, 10-20 ans après sa construction, la ville a choisi de conquérir de la place en comblant la cour et en fabriquant ce grand salon et les galeries latérales qui y sont. C’est déjà la première extension du musée, c’était un vide c'est devenu un plein avec cette verrière très belle au-dessus. »

Un élément que l'on retrouve aux musées des Beaux-Arts de Dijon et Lille par exemple, dont les bâtiments sont de plan carré avec, à l'origine une cour en leur centre, avant que l’on n’y rajoute une verrière pour en faire un espace intérieur. Des espaces intérieurs où les œuvres sont alors présentées sur des fonds de couleur si ce n'est des fonds décorés : 

Quand on avait le temps, l'argent et un programme iconographique suffisamment consistant, à la fin du XIXe siècle les musées tendaient à être très ornés et l’idée d’une abstraction, d’un fond blanc, du fameux « white cube », c'est une idéologie qui s'est construite lentement au fil du XXe siècle, qui reste très prégnante et très dominante, mais qui a tendance à s’éroder un petit peu.

Le « white cube » auquel Béatrice Jullien fait référence, ce sont ces salles d’expositions minimalistes qui permettent au bâtiment de s’effacer au maximum au profit des œuvres présentées. À l’inverse, la forme extérieure de ces bâtiments n’a cessé, elle, de se rendre de plus en plus visible au cours du XXe siècle. La grande diversité de musée sortis de terre depuis les années 1960 donne ainsi lieu à des œuvres architecturales presqu’aussi importantes que les œuvres d’art qu’elles accueillent. 

Se développe alors le tourisme qui fait du musée un point d’attraction à la fin du XXe siècle, le cas d’école étant le scintillant Musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne conçu par Frank Gehry dans les années 1990. On parle d'ailleurs depuis « d’effet Bilbao » pour qualifier les projets de développement territoriaux poussés par un musée, comme on a connu en France ces dernières années à Lens, Metz, ou encore Marseille.

Les choses de la ville, en partenariat avec l'Ordre des architectes.

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