Tout l'été dans Les choses de la ville, on décortique les objets de nos villes avec ceux qui les conçoivent et les habitent. Aujourd'hui, on s'intéresse aux espaces extérieurs de l'Arbre Blanc à Montpellier, en compagnie de l'un de ses habitants ainsi que le sociologue Jean-Louis Violeau.

 L'Arbre Blanc, à Montpellier, par Sou Fujimoto
L'Arbre Blanc, à Montpellier, par Sou Fujimoto © AFP / Eric Beracassat / Only France

Coup de projecteur en ce dimanche, sur les espaces extérieurs des logements, particulièrement appréciés ces derniers mois. Les choses de la ville nous emmènent à la découverte d'un immeuble singulier imaginé par l’architecte japonais Sou Fujimoto à Montpellier, comme un «Arbre blanc». 

Il est dit « blanc » car il s'agit d'une tour d’une quinzaine d’étages, toute blanche. «Arbre» fait référence à ses balcons, si longs qu'ils s'apparentent à des branches. Pascal habite au huitième étage. Au micro de David Abittan, il raconte :

J'ai deux terrasses mais vous pouvez en avoir trois, quatre, ça dépend de la grandeur de l’appartement. Notre appartement est petit, mais on est bien servis en terrasse.

Pour être tout à fait exact, ce que Pascal désigne comme sa terrasse est en réalité un balcon «en porte-à-faux», c'est-à-dire qu'il dépasse de la façade quand une terrasse, au contraire, est supportée par du bâti. Mais les balcons de l'édifice sont si grands, qu'on les assimile aisément à une terrasse, voire à un jardin en temps de confinement.

On est presque plus sur un jardin que sur une terrasse en matière d’occupation, c’est la surface qui permet ça. C'est une terrasse qui fait plus de 30 mètres carrés, donc c’est quand même très agréable, on peut y faire beaucoup de choses, on est vraiment à l’extérieur comme dans un petit jardin. »

Ces espaces extérieurs, ils se sont généralisés dans le logement à partir de la fin du XIXe siècle avec le grand plan d'urbanisme qu'Haussmann a appliqué à Paris. À l'époque, ils servaient surtout pour leurs qualités esthétiques, plutôt que pour le confort d'usage qu'ils procuraient aux habitants. Le sociologue Jean-Louis Violeau revient sur cette période :

Au début les tracés des balcons haussmanniens sont très rigoureux et très peu hédonistes. Plus les années vont passer, plus une sorte de liberté, de licence, de jeu avec la règle, va s’installer, pour arriver à des architectures extrêmement ornées, avec une variété de prolongement assez stupéfiantes, notamment à travers cette excroissance du logement qu’est le bow-window. »

Entre le balcon haussmannien, très codifié et les balcons XXL de l’Arbre Blanc, il y a plus d’un siècle d’architecture qui s’est écoulé, et pourtant la crise sanitaire semble nous avoir rappelé les avantages des prolongements. Pour Jean-Louis Violeau, le confinement pourrait bien laisser des traces :

Toute personne normalement constituée qui achètera désormais un appartement pour son propre compte regardera d’abord la nature des prolongements extérieurs et le rapport entre intérieur et extérieur, suite à ces deux mois de confinement. C’est le premier réflexe qu’aura n’importe quel acheteur, dès lors qu’il achète pour lui, pour habiter.

Cette chronique est réalisée en partenariat avec l’Ordre des Architectes.

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