Tout l'été dans Les choses de la ville, on décortique les objets de nos villes avec ceux qui les conçoivent ou les habitent. Aujourd'hui, on s'intéresse à l'hôpital, accompagnés de Claude Laroche.

L'hôpital Saint-André à Bordeaux
L'hôpital Saint-André à Bordeaux © Maxppp / Jean-Jacques Saubi

S’il y a bien un lieu qui a été éprouvé ces derniers mois, c’est évidemment l’hôpital. Dans Les choses de la ville, David Abittan nous emmène Place de la République à Bordeaux, visiter l'hôpital de Saint-André faisant face au Palais de Justice, deux bâtiments du début du XIXe siècle.

S'ils sont tous deux de style néoclassique, en pierre de taille avec chacun leur colonnade, leurs escaliers et leur fronton triangulaire, la façade de hôpital apparaît bien plus sobre.  Le chercheur à l'Inventaire général du patrimoine culturel de la région Nouvelle-Aquitaine, Claude Laroche en précise la raison :

Le rôle de l’architecte pour l’hôpital est un rôle un peu particulier par rapport aux autres programmes, puisqu'il doit se mettre au service de la science, et il doit effectivement abdiquer un peu de ses prérogatives de composition, d’expression, de volonté de monumentalité.

En 1821, lorsque l’architecte Jean Burguet est choisi pour concevoir l’hôpital Saint-André de Bordeaux, il est ainsi soumis à toute une série de recommandations de l’Académie des sciences dont la principale consiste à fragmenter l’ensemble en plusieurs bâtiments séparés par une série de petites cours.

Le maître mot de ces hôpitaux, de ce plan de l’Académie des sciences de 1778, de ce qui va infuser toutes les constructions hospitalières du XIXème siècle, c’est la notion d’aérisme. Il faut que l’air circule le plus possible. À Bordeaux, cet hôpital Saint-André c’est le premier édifice d’importance qui va mettre en place ce plan en double peigne.

Une architecture en peigne renvoie à une organisation de l’espace qui consiste à avoir plusieurs bâtiments parallèles, à distance les uns des autres que l’on relie par un long bâtiment perpendiculaire. Vu du ciel, ça prend la forme d’un peigne. 

La notion d'« aérisme » évoquée par Claude Laroche sera remise en question quelques décennies plus tard par les travaux de Pasteur, qui recommande une désinfection des surfaces plutôt qu'un éloignement des bâtiments. Pourtant, la forme architecturale est restée, comme l'explique Claude Laroche : 

Ce qui est assez amusant, c’est que ce plan théorique, exclusivement basé sur la circulation de l’air va perdurer. On va tellement arriver à trouver quelque chose qui va bien marcher en terme d’imaginaire, que ce type va perdurer bien au-delà des théories pasteuriennes. On va finalement faire des hôpitaux aéristes, alors que l’on sait très bien que la contagion aérienne existe, mais ce n'est pas la principale. »

À Bordeaux, le plan « aériste » sera ensuite altéré par les ajouts successifs qu’a connu le bâtiment, le plan en peigne se transforme alors progressivement en un plan en quadrillage.

Quant aux hôpitaux plus récents, ils prennent des formes plus compactes du fait notamment de l’abandon tardif des grandes chambres communes au profit de chambres individuelles.

L’hôpital du XIXème, c’est l’hôpital de grandes salles communes. Ce n'est que très récemment, avec cette notion d’humanisation [...] que la chambre individuelle devient la règle, ça veut aussi dire des grands linéaires de façades, des nombres de sanitaires énormes, des personnels d’entretien considérables.

Mais comme on le disait ici même il y a quelques semaines à propos de l’aéroport, l’hôpital est un de ces bâtiments amenés à beaucoup évoluer ! Parce qu’il est directement lié aux connaissances médicales du moment, mais aussi aux financement que l’on veut bien lui accorder.

Les choses de la ville, en partenariat avec l'Ordre des architectes.

Les invités
  • Claude Larochechercheur à l'Inventaire général du patrimoine culturel de la région Nouvelle-Aquitaine
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