Cet été dans Les choses de la ville, on décortique les objets de nos villes, avec ceux qui les conçoivent. Aujourd’hui : l’immeuble de logement.

Immeuble d'habitation Les étoiles à Ivry-sur-Seine
Immeuble d'habitation Les étoiles à Ivry-sur-Seine © Jean Renaudie © Myyorgda

On en parle à travers un exemple remarquable de l’histoire de l’architecture : Les Étoiles, de l’architecte Jean Renaudie.

Le projet a été mené en collaboration avec Renée Gailhoustet qui est alors l'architecte en chef de la rénovation du centre-ville d'Ivry-sur-Seine dans les années 1970.

Nous vous en proposons la visite en compagnie de Sabrina Bresson, sociologue spécialiste des questions de l'habitat :

Alors donc là on est dans le centre Jeanne Hachette, qui est un des bâtiments qui a été réalisé par Jean Renaudie dans le cadre de la rénovation d’Ivry-sur-Seine. Alors, ce qui est intéressant avec ce bâtiment, c’est qu’il y a vraiment une réflexion sur la mixité des fonctions, donc on a à la fois des commerces de proximité, et puis des promenades au travers des bâtiments… Et puis si on continue la promenade, on va arriver un peu sur le dos du bâtiment et on va pouvoir se promener au travers des logements.

Depuis la sortie du métro, nous avons traversé la galerie commerçante de l’ensemble qui nous a amené ici en cœur d’îlot.

La première particularité de ces logements, c’est qu’ils côtoient des commerces et des services

Quelque chose que l’on retrouve désormais dans beaucoup de programmes d’habitations, qui intègrent même parfois un hôtel ou des bureaux. Mais en 1972,  tandis que l’on construit les villes par zone avec les habitations d’un côté, les quartiers de bureau d’un autre, c’est assez avant-gardiste !

Une deuxième particularité, qui donne son nom à l’ensemble, c’est la forme des bâtiments ! Une étonnante superposition d’étages en étoile, décalés les uns par rapport aux autres comme un gradin.

Sabrina Bresson -

On parle souvent des Étoiles de Jean Renaudie, parce que là on voit très bien que la trame architecturale ce sont des polygones irréguliers qui s’empilent les uns sur les autres, et qui laissent ressortir des espèces de pointes, comme les pointes d’une étoile en fait.

Donc cette forme en étoile :

  • Elle créée de nombreuses terrasses plantées. Ce qui rajoute encore à la végétation de l’ensemble.
  • Elle offre également des vues panoramiques depuis les appartements.
  • Mais aussi par le décalage des étages les uns avec les autres, elle produit des logements tous très différents.

A contre-courant de l’architecture répétitive des années 1970. C’était une époque de construction intense, où il fallait bâtir beaucoup d’habitations, et vite. Mais ça n’empêchait pas quelques opérations expérimentales comme celle-ci !

Les espaces communs 

Qu’ils soient à l’intérieur des bâtiments, ou bien comme ici dans les allées qui y mènent : les espaces communs d’un immeuble de logement, demandent toujours un soin particulier.

Sabrina Bresson -

C’est vraiment une question importante, c’est un enjeu à mon avis… Parce que l’endroit où les gens vont se rencontrer, c’est aussi l’endroit où il vont régler leurs petits problèmes de voisinage, ou au contraire mettre en place des systèmes d’entraide, de solidarité, etc. 

Et ça, pour le coup, ce n’est pas une spécificité des Étoiles de Renaudie. On le retrouve déjà à l’époque sur d’autres opérations exemplaires. Notamment : la Cité Radieuse de Le Corbusier, quinze ans plus tôt. Un seul hall d’entrée desservait les centaines d’appartements afin de favoriser les échanges entre les voisins.

Dernière étape, l'appartement

Renée, une habitante -

Vous voyez depuis cette porte d’entrée là, toute cette grande pièce ici, qui tourne par ici, qui s’ouvre sur la magnifique terrasse, et qui va ici jusqu’au coin, c’est une seule pièce, c’est ma salle de séjour, voilà ! Mais il n’y a pas de porte alors ? Non, alors, entre la pièce principale et la chambre parents, dans aucun logement il n’y a de porte, par contre, tout ce qui est coin enfant, c’est vraiment protégé… 

Protégé par une porte, donc, qui mène à un couloir desservant de nouvelles chambres. Chambres dont le plan, là encore, prend la forme d’un trapèze ou d’un triangle.

Clap de fin pour Les choses de la ville !

Pourquoi Les Étoiles, de l’architecte Jean Renaudie pour la dernière ? Pour illustrer la typologie de l’immeuble de logement dans son ensemble ? 

Il est intéressant de rappeler que derrière l’apparente monotonie des bâtiments qui composent nos villes. Il y a toujours de nouvelles choses à découvrir !

Parfois, comme ici, c’est flagrant, parfois c’est plus discret, mais ça nous donne toujours une bonne raison de prendre le temps de lever les yeux. La ville que l’on traverse chaque jours a encore des choses à nous montrer !

Les choses de la ville, en partenariat avec l'Ordre des architectes.

A noter : 

Les invités
  • Sabrina BressonSociologue, ENSA Paris Val de Seine, Centre de Recherche sur l’Habitat, UMR CNRS LAVUE
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