Une étoile s’est éteinte : Maïa Plissetskaïa, décédée hier à l’âge de 89 ans, fut peut-être la plus la grande danseuse du 20ème siècle. Mais au-delà de la danse-même, l’Etoile du Bolchoï de Moscou, qui dansa tous les grands ballets du répertoire, était une artiste totale : chorégraphe, musicienne, comédienne, habitant véritablement les personnages qu’elle interprétait…. Et divinement belle…. Mais cette carrière d’artiste, ce rêve sublime… c’est aussi l’histoire d’une femme d’un incroyable courage.

Vladimir Poutine hier a exprimé ses condoléances à la famille de l’artiste, mais ce grand admirateur de Staline a sans doute oublié ou préféré oublier les crimes que le petit père du peuple infligea à Maïa Plissetskaïa.

En 1937, Maïa a 12 ans quand son père est arrêté et exécuté comme ennemi du peuple. Et sa mère ainsi que son frère sont déportés au Goulag. La petite fille, incroyablement douée, qui brille déjà sur la scène du Bolchoï, est recueillie par sa tante et échappe de peu à l’orphelinat.

Une vie étrange commence pour elle : élevée au rang de prima ballerina assoluta, la danseuse devient la fierté de l’Union soviétique, mais en même temps, la fille d’ennemi du peuple, juive de surcroît, est étroitement surveillée par le KGB, interdite de voyage à l’étranger…. Un jour, à l’occasion de l’anniversaire de Staline, elle doit danser au Kremlin sous les yeux du bourreau de ses parents : « J’avais peur. Je scrutais sans cesse le public, cherchant qui était responsable du malheur de ma famille. » L’étau se desserrera sous l’ère de Krouchtchev.

« C’est l’art qui m’a sauvée. » Ecrira-t-elle dans ses mémoires. « J’ai vécu pour la danse. Merci à cette nature grâce à laquelle j’ai tenu bon. Je ne me suis pas laissé briser ; je n’ai pas capitulé. » Ses mémoires « Moi Maïa Plissetskaïa » ont été édité en 1995 par Gallimard.

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