Le candidat de gauche Pedro Castillo l'a emporté avec 50,12% des voix mais, la contestation de son élection a déchainé les vieux démons racistes du pays.

Au Pérou, en contestant les résultats de l'élection, la candidate nationaliste Keiko Fujimori a déclenché une campagne de haine
Au Pérou, en contestant les résultats de l'élection, la candidate nationaliste Keiko Fujimori a déclenché une campagne de haine © AFP / Janine Costa

Imaginez : le second tour a eu lieu le 6 juin, les résultats définitifs sont tombés la semaine dernière et le candidat de gauche Pedro Castillo l’a emporté avec 44 000 voix d’avance sur plus de 17 millions et demi de votants.

Un écart si faible qu’on comprend bien que la nationalo-populiste Keiko Fujimori ait du mal à avaler la pilule : C’était la troisième ois qu’elle se présentait.

Comme, elle est poursuivie pour blanchiment et association de malfaiteurs et qu'elle risque 30 ans de prison, seule remporter la présidence pouvait lui épargner un procès.

Donc, le dos au mur, elle conteste l’élection et exige l’annulation de 500 000 votes, Le problème, c’est qu’elle a déclenché une vague de haine…

Haine du paysan amérindien 

Pas seulement mais commençons par lui : qui est le nouveau président Pedro Castillo ? 

C’est un instituteur andin et « cholo » - c’est-à-dire métis d’Européen et d’Amérindien, ce qui au Pérou est loin d’être un compliment – qui plus est syndicaliste et de gauche.

Symboliquement, pour une partie de la population, descendante de colons espagnols ou de migrants européens, ce cocktail est insupportable. 

Le Pérou est ce pays qui a attendu jusqu’en 1979 pour abolir les entraves au vote des Amérindiens !

Autrement dit, il n’a pas fallu 24 heures après l’élection - et surtout sa contestation par Mme Fujimori - pour que réapparaissent un racisme d’une violence inouïe.

La publication des posts d’un petit groupe WhatsApp a particulièrement choqué

On pouvait y lire qu’il fallait « violer les femmes indigènes, battre leurs enfants » ou encore que : « Pedro Castillo est une ordure de « cholo » et que ses électeurs ne sont que des animaux qui ne savent ni voter, ni lire ni écrire ».

Même le Prix Nobel de Littérature péruvien Mario Vargas Llosa a semblé accréditer ce mépris raciste en expliquant que « les provinciaux – comprenez les paysans amérindiens - étaient bien moins informés que les citadins » et donc votaient mal.

Un pays divisé comme jamais…

Oui, mais le plus fascinant c’est la modération de Pedro Castillo malgré ce déferlement de haine. D’abord, il y a une raison politique : il n’a pas la majorité au parlement. Il va donc lui falloir négocier une coalition pour gouverner. Donc, il calme le jeu.

Ensuite, il connait son pays et sait que l’avènement à la présidence d’un petit instituteur des Andes, l’année même du bicentenaire de l’indépendance du pays, est déjà une révolution en soi. Pas besoin d’en rajouter.

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